Le 28 février 2023, une catastrophe ferroviaire causait la mort de 57 personnes, parmi lesquelles les cheminotEs et de nombreux étudiantEs. Cette tragédie, pour laquelle le gouvernement plaidait l’erreur d’un chef de gare, mettait en lumière l’état lamentable du réseau offert à la privatisation.
Une vague de colère immense s’était alors levée (voir l’Anticapitaliste du 8 et 15 mars 2023, et du 29 février 2024). Elle continue et même se renforce depuis un mois et demi.
Une marée humaine le 26 janvier
La justice traînant en longueur, les parents des victimes, réunis en comité, ont fait procéder à l’enquête que ne voulait pas Mitsotakis. Début janvier, il est apparu que 27 victimes n’ont pas été tuées par la collision, mais par étouffement puis brûlées vives : pour plusieurs experts, la cause en serait la fuite puis l’incendie de produits de type essence frelatée, transportés de manière tout à fait illégale. Sur quelques téléphones retrouvés, on entend des jeunes crier sur le numéro d’appel de détresse « Je n’ai plus d’oxygène ». On sait qu’un tel trafic d’essence existe. Ce qui pose question et révolte, c’est la tentative évidente du Premier ministre d’étouffer l’affaire, comme il l’a fait dans d’autres cas : autoritarisme à la Orbán ? Atteinte insupportable à l’image de tout-puissant que colportent ses réseaux ? Ou plus simplement couverture de ses amis grands patrons qui pourraient être impliqués ?
Quoi qu’il en soit, le comité des familles a appelé à des rassemblements le 26 janvier pour que justice soit faite, et cela dans une centaine de villes en Grèce, une vingtaine à l’étranger. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues ce dimanche-là avec même des dizaines d’étudiantEs serbes, mobiliséEs chez eux pour le même type de tragédies, présents à Athènes. Il est vite devenu impossible d’atteindre la place centrale !
Grève générale appelée pour le 28 février
Ce succès a déstabilisé la droite. Le 29 janvier, Mitsotakis jouait le père de la nation affligé, mais surtout affligeant puisque, comme toujours, il dégageait ses responsabilités personnelles, accusant les sociétés ferroviaires et les pompiers et, à la suite, un secrétaire d’État chargé par lui-même de gérer la situation sur place en 2023… son acte principal consistant à ordonner que dès le 3 mars, on dégage la terre et les débris de la catastrophe, alors que l’enquête était en cours. Près 80 % des Grecs et des Grecques ont trouvé lamentable cette prestation au cours de laquelle Mitsotakis a dit son regret qu’aucune vidéo des faits n’existe. Et, ô miracle, le 7 février était annoncée la remise de 3 vidéos, soi-disant oubliées ! En dehors du fait que ces vidéos ne montrent rien de décisif, leur authenticité est mise en doute.
Alors, bien sûr, la colère ne s’éteint pas : le 7 février, des milliers de jeunes étaient dans les rues, et surtout, le 28 février, une immense mobilisation — avec grève générale privé/public — est appelée par le comité des familles. Au-delà de l’exigence de vérité, il faut exiger un service public des transports, sûr et de qualité.
A. Sartzekis, Athènes, le 16 février 2025