Deux drames récents, dans une usine et en mer Égée, illustrent une même logique. Celle d’un système où déréglementation sociale et répression migratoire produisent des morts évitables.
Ces dernières années, de graves événements mortels ont eu lieu en Grèce, qualifiés de « tragédies » — comme en 2023 le choc de 2 trains à Témbi (57 morts) et le naufrage de Pylos (400 à 700 morts). Ces dernières semaines, deux désastres terribles viennent confirmer que, comme en 2023, derrière la tragédie se manifestent clairement la loi du profit, la déréglementation, la répression, rendant plus urgente que jamais la nécessité d’en supprimer les causes communes.
Victimes de la surexploitation
Le 26 janvier, une explosion de gaz liquide suivie de l’incendie de l’usine a tué cinq ouvrières de la prospère entreprise de biscuiterie Violanta, à Trikala (Grèce centrale), et provoqué plusieurs blesséEs. Les cinq femmes travaillaient de nuit, et au moins l’une d’entre elles avait un autre emploi de jour. Ce drame s’ajoute à la macabre liste des accidents du travail, au moins 201 en 2025 selon les sources syndicales. Il révèle ici le cynisme de la surexploitation : l’absence de sécurité (l’odeur du gaz avait été signalée, mais le directeur a refusé une réparation minime), de légalité (le sous-sol où opéraient les cinq victimes ne figurait pas dans les plans officiels, des portes étaient souvent bloquées...). Sans oublier une politique de terreur : l’Union locale avait réussi à imposer des élections professionnelles, mais la direction avait menacé toutE travailleurE qui irait voter, et, même aujourd’hui, le personnel a peur de s’exprimer, avec chantage à l’emploi dans une région pauvre.
De son côté, le gouvernement a réagi… en niant les chiffres sur les accidents du travail et les difficultés des contrôles (manque criant d’inspecteurs et inspectrices du travail). Certes, la réaction ouvrière a été immédiate : une grève nationale sectorielle, des manifs, avec des centaines de personnes à Trikala à l’appel de l’UL proclamant « ce n’est pas le hasard, ce sont des crimes programmés ». Mais pas de grève générale face à ce drame qui confirme la complicité du patronat et du gouvernement pour une exploitation désormais sans limite des travailleurEs.
Carnage à Chios
Sur les 3 148 morts et disparuEs en mer Égée entre 2015 et 2025, combien ont été victimes de la répression grecque visant à empêcher migrantEs et réfugiéEs de parvenir en Grèce ? Difficile à dire. Le 3 février, quinze migrantEs sont mortEs près de l’île de Chios. Non pas noyéEs mais victimes des blessures dues à la collision avec le bateau des garde-côtes. Ces derniers accusent l’embarcation (surchargée) d’avoir manœuvré contre eux, il semble pour les expertEs plus probable que, une nouvelle fois, les garde-côtes aient foncé pour refouler les migrantEs hors des eaux maritimes grecques. Une horreur encouragée par le ministre des Migrations, le fasciste Plevris, qui déclarait en 2011 : « Les frontières ne peuvent pas être gardées sans dommages, et pour être plus clair, s’il n’y a pas de morts ». Le même fait porter la responsabilité du drame sur les passeurs et les ONG, tout en félicitant les garde-côtes… Toute la gauche dénonce un nouveau crime, mais les manifs de protestation n’ont jusqu’ici pas été suffisamment massives face à l’horreur.
Le comble : ce gouvernement, adoptant la nouvelle ligne européenne d’« immigration choisie », envisage la création d’une agence — passeur officiel ! — faisant venir des migrantEs pour travailler sans droits. Raison supplémentaire si besoin était, d’une bataille unifiée contre la surexploitation et la répression, unissant les travailleurEs grecs et immigréEs.
A. Sartzekis, Athènes, le 15 février 2026