Publié le Mardi 24 juillet 2018 à 14h43.

Israël se définit officiellement comme un État raciste

Raciste, discriminatoire, colonial : nous ne nous sommes jamais privés, au côté des PalestinienEs et de leurs soutiens, d’attribuer ces divers qualificatifs à l’État d’Israël. Et pendant longtemps, les partisans de ce dernier objectait le fait – déjà contestable – qu’Israël serait une « démocratie ». Un « argument » qu’il va être désormais impossible d’employer dans la mesure où l’État d’Israël vient lui-même d’adopter une loi le définissant comme un État non démocratique, un État d’apartheid.

Le 19 juillet, la Knesset (Parlement israélien) adoptait une loi, dite « loi sur l’État-nation du peuple juif », qui grave dans le marbre le caractère structurellement discriminatoire de l’État d’Israël. Le texte, qui entre dans le corpus des lois fondamentales qui font office de Constitution dans le pays, proclame en effet qu’Israël se définit comme « l’État national du peuple juif où celui-ci applique son droit naturel, culturel, religieux, historique », précisant que « le droit d’exercer l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est propre au peuple juif »

Apartheid revendiqué

Les 20 % de PalestinienEs résidant en Israël (les mal-nommés « Arabes israéliens ») en sont pour leurs frais : ils et elles étaient déjà des citoyenEs de seconde zone, les voici désormais officiellement – et « constitutionnellement » – considérés comme des intrus. La langue arabe, qui était la seconde langue officielle de l’État d’Israël, est rétrogradée à un « statut spécial » mal défini, et le rapporteur de la loi, membre du Likoud de Benyamin Netanyahou, ne craint pas d’affirmer avec fierté ce qui suit : « Nous avons fait passer cette loi fondamentale pour empêcher la moindre velléité ou tentative de transformer l’État d’Israël en une nation de tous ses citoyens. »

Les choses sont désormais claires et, comme le souligne le journaliste Gideon Levy dans le quotidien Haaretz (12 juillet), il s’agit d’une « loi de vérité ». La vérité sur le fait qu’Israël, qui était un État d’apartheid de facto, avec plusieurs dizaines de lois discriminatoires à l’égard des PalestinienEs d’Israël et un traitement colonial des PalestinienEs de Cisjordanie et de Gaza, est désormais un État d’apartheid revendiqué. Pour Gideon Levy, « si l’État est juif, il ne peut être démocratique, en raison de l’absence d’égalité ; s’il est démocratique, il ne peut être juif, puisqu’une démocratie n’accorde pas de privilège sur la base de l’ethnicité. Désormais la Knesset a tranché : Israël est juif. Israël déclare qu’il est l’État-nation du peuple juif, pas l’État de ses citoyens, pas l’État des deux peuples qui y vivent »

« Les nouveaux amis d’Israël vont être fiers de cette loi »

Coïncidence ? Le jour même où la loi sur l’État-nation était adoptée, Benyamin Netanyahou recevait en grande pompe le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, réputé pour ses diatribes anti-migrantEs, xénophobes et… antisémites. Une visite à l’issue de laquelle les deux dirigeants ont revendiqué un « socle patriotique commun », et qui s’inscrit dans le rapprochement assumé d’Israël avec le groupe dit « de Visegrad » (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque), aux positions ultra-nationalistes et anti-migrantEs assumées. On se souviendra que l’État d’Israël avait participé, en juillet 2017, au précédent sommet des Premiers ministres du groupe de Visegrad, au terme duquel Netanyahou avait officiellement invité les autre pays à tenir leur prochain sommet… en Israël. 

Comme le souligne Gideon Levy, « les nouveaux amis d’Israël vont être fiers de cette loi. Pour eux, Israël sera une lumière parmi les nations. » Le député palestinien d’Israël Ahmad Tibi a quant à lui déclaré sur Twitter : « C’est le commencement officiel du fascisme et de l’apartheid. » Il ne s’agit évidemment pas de dire que la situation des PalestinienEs était enviable et allait soudainement s’aggraver. Mais bel et bien de constater que les avertissements, en 2013, de l’historien Zeev Sternhell, spécialiste des extrêmes droites et du fascisme, étaient à bien des égards prémonitoires : « Israël est aujourd’hui à l’extrême droite du spectre politique et les groupes qui y composent la droite sont parmi les pires, et les plus redoutables, de ceux qui œuvrent actuellement dans les sociétés démocratiques, à l’exception des mouvements néo-nazis. »

Julien Salingue