Malgré les cessez-le-feu proclamés, Israël poursuit ses attaques à Gaza comme au Liban. Les déclarations de Ben Gvir appelant à « brûler le Liban » disent ouvertement la logique d’effacement à l’œuvre, portée par un projet de domination régionale totale.
Il fait très chaud à Gaza, et Israël continue de bombarder malgré le « cessez-le-feu ». Depuis son entrée en vigueur, l’armée israélienne y a tué en moyenne un enfant par jour. Au Liban, depuis le cessez-le-feu du 2 avril, elle a également tué 4 000 personnes. Les cessez-le-feu israéliens ont cette particularité : Israël continue de faire feu, tandis que ses victimes sont sommées de cesser.
« Tout le Liban devrait brûler »
« Pour chaque larme versée par une mère israélienne, mille mères libanaises devraient pleurer. Tout le Liban devrait brûler. »
« Tout le Liban devrait brûler. » C’est le message publié par Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité, après la mort de plusieurs soldats de son armée dans le sud du Liban. En bafouant à répétition le cessez-le-feu, Israël a tenté d’y établir des bastions. Mais, comme depuis plusieurs années, il peine à les maintenir face à la résistance des LibanaisEs. Celle-ci ne se réduit pas au Hezbollah : elle implique aussi d’autres mouvements et, plus largement, des populations déplacées, dont les familles ont été assassinées et les maisons détruites.
Une armée peu habituée aux pertes humaines
Israël n’est pas réputé pour être une armée qui cherche le combat direct : elle préfère s’appuyer massivement sur son aviation. C’est aussi ce qui explique qu’elle soit peu habituée à perdre des soldats.
Israël n’est pas davantage habitué à une opposition venue des États-Unis — surtout ces dernières années — et la clause « Liban » du cessez-le-feu avec l’Iran lui lie en partie les mains.
Dans le même message, Ben Gvir insiste : « Avec tout le respect que je dois aux Américains, Israël doit faire clairement comprendre au monde entier que le sang de nos fils et la sécurité de nos citoyens ne sont pas négociables. Tout le Liban devrait brûler. Notre devoir suprême est de protéger les citoyens israéliens et les soldats de [l’armée israélienne], et cet engagement prime sur toute autre considération. » Il parle pourtant de soldats tués dans un tank, sur un territoire qui n’est pas le leur.
Même registre à l’ONU, où l’ambassadeur israélien a tenté d’émouvoir en brandissant un drone en plastique, présenté comme l’arme des « terroristes » contre ses soldats. De fait, l’utilisation de petits drones — tactique employée avec succès par l’Ukraine contre l’infanterie russe — met l’armée israélienne en difficulté. Celle-ci a dû débloquer 700 millions de dollars en urgence pour répondre à cette nouvelle tactique de guérilla.
« Effacer » : le mot d’ordre génocidaire d’une domination totale
Ben Gvir encore : « Je le dis au Premier ministre, notamment lors de nos réunions : pour chaque larme versée par une mère israélienne, mille mères libanaises devraient pleurer. Assez de ce jeu de ping-pong. Au Moyen-Orient, on ne gagne pas par des réponses mesurées et la retenue. Il faut se déchaîner. Effacer. Vaincre le terrorisme. »
« Effacer », « se déchaîner » : difficile de trouver des mots exprimant plus clairement une volonté génocidaire que ceux de ce sinistre individu. Israël a été inscrit sur la liste noire des pays pratiquant des sévices sexuels sur leurs prisonnierEs. Cela n’empêche pourtant pas les États européens de continuer à le soutenir. Des associations peuvent même organiser en France, à Paris, une fête de la musique israélienne en toute tranquillité, avec pour slogan : « soutenir Israël est un acte de résistance ».
Mais il y a aussi d’autres enjeux. Selon Netanyahu : « Au lieu de passer par des goulets d’étranglement comme le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb, nous pouvons construire des oléoducs vers l’ouest à travers la péninsule arabique jusqu’aux ports méditerranéens d’Israël, et ainsi éliminer efficacement ces goulets d’étranglement. »
En d’autres termes, Israël veut devenir un pont économique vers l’Occident. Mais cela suppose la normalisation de ses relations dans la région et, surtout, l’imposition absolue de sa domination. On ne fait pas passer un oléoduc dans une zone de guerre permanente. Pour le permettre, il faut donc d’abord « effacer ».