Publié le Mercredi 18 mars 2026 à 09h48.

Kanaky : Mobilisation le 21 mars contre le passage en force colonial

Depuis plusieurs mois, le gouvernement cherche à imposer une sortie du cadre des accords de Nouméa, en remettant en cause le processus de décolonisation pourtant reconnu par l’ONU. Le projet dit « accord de Bougival », imposé en juillet 2025 contre l’avis du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), prévoit la création d’un « État » de Kanaky–Nouvelle-Calédonie intégré à la République française. Une formule qui ne correspond en rien à une indépendance.

Le 24 février, le Sénat a adopté la révision constitutionnelle correspondante, malgré de fortes critiques, y compris au sein du camp non indépendantiste. Tous les signaux sont pourtant au rouge : l’absence de consensus local, condition historique des équilibres politiques en Kanaky, fait peser le risque d’une nouvelle explosion. L’exécutif persiste néanmoins à avancer, dans la continuité des méthodes déjà à l’œuvre lors du troisième référendum imposé en 2021 ou de la tentative de dégel du corps électoral en 2024.

Faire respecter le droit à l’autodétermination

C’est dans ce contexte que s’organise la mobilisation du 21 mars, à l’occasion de la journée internationale contre les discriminations raciales et de l’ouverture de la semaine anticoloniale et antiraciste. Les organisateurs appellent à « l’abandon immédiat du projet d’accord de Bougival » et au « respect du droit à l’autodétermination du peuple kanak ».

Alors que le texte doit être examiné à l’Assemblée nationale fin mars, l’enjeu est clair : empêcher un nouveau passage en force et imposer la réouverture de discussions dans le cadre des accords de Nouméa. Plus largement, il s’agit de rappeler qu’aucune solution durable ne peut être imposée contre la volonté du peuple kanak.

Répression et justice coloniale

Cette politique s’accompagne d’une répression massive. L’avis rendu en janvier 2026 par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dresse un constat accablant : « répression violente, parfois mortelle », traitement judiciaire différencié entre Kanak et non-Kanak, « mesures de rétorsion collective » visant les populations kanak. Plus de 2 500 gardes à vue ont été recensées, visant quasi exclusivement des Kanak, tandis que les milices loyalistes n’ont fait l’objet d’aucune poursuite.

Dans ce contexte, la mort de Frédéric Grochain le 6 février, Kanak de 31 ans transféré en métropole après les révoltes de 2024, a profondément choqué. Retrouvé mort dans sa cellule après des mois d’isolement, il incarne les conséquences d’une politique carcérale qui prolonge la domination coloniale : éloignement forcé, isolement, défaillances dans la prise en charge sanitaire. Pour le FLNKS, il s’agit d’« une victime directe du système judiciaire et carcéral colonial ».

An Gwesped