Publié le Mercredi 15 avril 2026 à 08h00.

La santé malade des inégalités salariales aux Comores

Une grève d’une ampleur inédite secoue le principal hôpital des Comores. L’enjeu : le combat pour l’égalité salariale, indépendamment du statut.

Depuis plus d’un mois, l’hôpital El-Maarouf de Moroni, la capitale de l’archipel des Comores, est paralysé par une grève des personnels contractuelLEs de santé — près de cinq cents personnes au total. Le mouvement porte sur des revendications salariales et sur l’amélioration des conditions de travail.

À travail égal, salaire égal

Deux revendications portées par la grève sont considérées comme majeures : la revalorisation des primes de garde, de 6 à 10 euros, et l’alignement des salaires sur ceux de leurs collègues fonctionnaires. Le salaire d’un contractuel s’élève actuellement à 57 500 francs comoriens (environ 116 euros), contre 100 000 francs (201 euros) pour un fonctionnaire.

Si cette inégalité perdure depuis longtemps, elle n’est aujourd’hui plus tolérée, d’autant que les autorités avaient déjà promis, lors de précédents conflits, de corriger la situation. Ces engagements n’ont jamais été tenus, tout comme le versement des arriérés de salaire liés aux gardes : sur huit mois de retard, seuls trois ont été régularisés.

Les grévistes se sont constitués en « comité du personnel », chargé de diriger le mouvement et de mener les négociations. Les deux principales centrales syndicales du pays — la Confédération des travailleuses et travailleurs des Comores (CTTC) et la Confédération des travailleurs des Comores (CTC) — ont exprimé leur soutien. Elles estiment que les inégalités de traitement violent la Convention n° 100 sur l’égalité de rémunération et la Convention n° 111 sur la discrimination à l’emploi de l’Organisation internationale du travail.

Mécontentement populaire

Le 10 mars, au lendemain du déclenchement de la grève, la direction de l’hôpital a adressé un courrier à l’ensemble des grévistes, contestant la légalité du mouvement, faute de dépôt de préavis, et menaçant le personnel de sanctions disciplinaires et administratives. Pour Zainoudine Ahamada, représentant du « comité du personnel », cette mobilisation s’inscrit dans la continuité du conflit de 2024, au cours duquel les autorités s’étaient engagées à ouvrir des négociations sur l’alignement salarial.

Paradoxalement, alors qu’un investissement de cinquante-cinq millions d’euros est prévu pour la rénovation et l’agrandissement de l’hôpital, aucun budget n’a été prévu pour instaurer l’égalité salariale entre contractuels et titulaires.

Le conflit a des répercussions importantes sur la population, car l’hôpital El-Maarouf reste l’établissement de référence aux Comores. Plusieurs organisations de la société civile ont appelé à une mobilisation pour faire pression sur les autorités.

Lors de son discours sur l’état de la nation, le président Azali Assoumani déclarait : « Notre objectif est de renforcer la souveraineté sanitaire de notre pays. En effet, une nation qui ne soigne pas et qui ne forme pas ses enfants est une nation sans avenir. » On aurait envie d’ajouter : idem pour une nation qui méprise ses travailleurEs.

Paul Martial