Publié le Vendredi 6 février 2026 à 09h00.

Purges en Chine

Xi Jinping achève la destruction de la Commission militaire centrale du Parti communiste chinois (PCC).

La destitution du général Zhang Youxia a été officiellement annoncée le 24 janvier dernier. Un pas de plus dans les purges qui se sont succédé au sein de l’état-­major de l’armée chinoise. Zhang était pourtant considéré comme « intouchable », vu sa proximité supposée avec Xi Jinping — quant à la Commission militaire centrale (CMC), elle est maintenant une coque creuse, ayant perdu cinq de ses sept membres. 

Xi continue à faire le vide autour de lui, à l’encontre de toute forme de collégialité. Le seul membre restant de la CMC, que Xi Jinping préside, est Zhang Shengming, c’est-à-dire le secrétaire de la Commission d’inspection disciplinaire de l’armée et le secrétaire adjoint de la Commission centrale d’inspection disciplinaire du parti, chargé de la mise en œuvre des basses œuvres.

Une preuve de force ou de faiblesse ?

Zhang Youxia était le plus haut responsable militaire en activité. Xi Jinping et lui sont réputés avoir été longtemps très proches, en tant que « princes rouges de deuxième génération », terme désignant les descendantEs des dirigeantEs du PCC de l’époque révolutionnaire. Leur lignée familiale diffère néanmoins. Le père de Xi fut un haut dignitaire de la République populaire avant d’être purgé par Mao Zedong en 1962, puis réhabilité par Deng Xiaoping. Une lignée civile, donc, pour un homme d’appareil. En revanche, Zhang Zhongxun, le père de Zhang Youxia, était l’un des généraux de l’Armée populaire au temps de la révolution. Une ascendance prestigieuse, s’il en fut, et c’est peut-être le problème, alors que l’état-­major ­militaire a été saigné par des purges successives et que Xi impose sa direction unique (et à vie) dans le parti et le ­gouvernement (qu’il marginalise).

Les pékinologues se demandent si ces purges sont une preuve de force ou de faiblesse de Xi. Pourquoi pas les deux : il a le pouvoir de les mener, mais pas de stabiliser sa mainmise ou de calmer sa paranoïa. Son ambition se heurte à une réalité : la Chine est bien trop immense (1,4 milliard d’habitantEs), le parti bien trop vaste (plus de cent millions de membres déclaréEs) et l’armée bien trop étrangère à son propre milieu social (plus de deux millions de soldats en activité) pour imposer au pays la dictature d’un homme unique, en lieu et place de la dictature d’un parti unique. 

Des signes d’une crise de régime

Les signes d’une crise de régime sont nombreux. La « génération Z » chinoise refuse d’obéir à ses injonctions (travailler sans relâche, procréer sans tarder…). Des luttes sociales reprennent vigueur. Les parents ne croient plus que leurs enfants vivront mieux qu’eux. Le sentiment d’insécurité sociale grandit dans un pays où la santé et la vieillesse coûtent cher…

Grande puissance capitaliste, la Chine est à la fois très particulière, du fait de son histoire ancienne comme récente, et très « normale ». Confrontée à des crises de surproduction en cascade, elle dépend de ses marchés extérieurs. Elle engrange actuellement d’importantes avancées diplomatiques grâce aux coups de boutoir infligés par Washington à l’Alliance atlantique, dont témoignent les visites de dirigeantEs françaisEs, allemandEs, britanniqueEs…

L’invasion de Taïwan les remettrait en cause. De plus, elle ne serait pas une entreprise facile. La chaîne de commandement de l’armée est désorganisée. Elle est rongée par la corruption et n’a aucune expérience militaire significative. Elle n’est probablement pas à l’ordre du jour (avec des personnalités comme Trump et Xi, le « probablement » reste de rigueur).

Pierre Rousset