Publié le Vendredi 26 juin 2026 à 09h00.

Révolte populaire en Bolivie

La Bolivie connaît depuis le printemps 2026 un puissant mouvement social contre les mesures d’austérité du président Rodrigo Paz. Portée par les organisations syndicales, paysannes et indigènes, la mobilisation affronte une répression croissante tout en maintenant ses revendications contre la vie chère et l’emprise des multinationales.

 

Élu grâce aux voix d’une partie des électeurEs du MAS, avançant masqué autour d’un programme « de modernisation » et « d’efficacité », Rodrigo Paz, en fonction depuis le 8 novembre 2025, a rapidement pris des mesures d’austérité, pariant sur l’atonie du mouvement social après l’effondrement de la gauche aux élections.

 

Un plan de mesures anti-sociales

Dès le 17 décembre 2025, un décret supprime les subventions à l’essence et au diesel, provoquant une hausse respective des tarifs de 86 % et 160 %, avec comme conséquence immédiate l’augmentation de l’ensemble des prix à la consommation. Ce texte facilite aussi l’implantation des multi­nationales pour l’exploitation des ressources minières, l’agro-­industrie et les infrastructures. Une première mobilisation permet un recul partiel. Puis est adoptée la loi du 10 avril 2026 qui, en revenant sur la réforme agraire de 1953, favorise l’accaparement des terres des petits paysans par les gros propriétaires.

 

Le plus grand mouvement social du 21e siècle

La COB (Centrale ouvrière bolivienne), avec la fédération Tupac Katari et l’organisation de femmes autochtones Bartolina Sisa, reprend la mobilisation fin avril et lance un appel au blocage des routes, isolant ainsi les ­principales villes du pays, et multiplie les appels à la grève. Devant la vigueur de ce deuxième mouvement, Paz ressort la rhétorique classique en criminalisant les organisations sociales, en les qualifiant de terroristes, en dénonçant un pseudo-complot à l’instigation d’Evo Morales, avec à la clé des mandats d’arrêt contre les principaux leaders.

Ce mouvement social, ininterrompu depuis fin avril, revendique des augmentations de salaires pour compenser la flambée des prix, et la fin de l’ouverture du pays aux multinationales, derrière le slogan « La Bolivie n’est pas à vendre ». Malgré la répression, avec au moins 7 morts et de nombreuses arrestations, le ­mouvement tient toujours. Pourtant, une loi instaurant l’État d’exception a été votée, assurant aux forces armées et de répression une totale impunité.

 

Une issue incertaine

La COB est partagée entre un secrétaire exécutif qui appelait à la démission de Paz alors que plusieurs COD (antennes départementales de la COB) refusaient ce mot d’ordre (comme celle de Santa Cruz). Mais depuis quelques jours, la COB a présenté un plan en 8 points au gouvernement dans le cadre de l’ouverture du « dialogue ». Quant à la fédération Tupac Katari, très puissante à El Alto, et à l’organisation Bartolina Sisa, elles ont pris la tête des mobilisations des peuples indigènes et des paysans.

Le gouvernement Paz, divisé sur la conduite à tenir, avec un vice-président qui a condamné les mesures prises par le gouvernement, manie la carotte en demandant à négocier tout en réprimant, en emprisonnant des manifestantEs et en forçant la levée des barrages. Afin de diviser le mouvement, il tente, et réussit parfois, à signer des accords séparés avec quelques syndicats locaux, comme le 18 juin avec celui des mineurs de Colquiri ou avec des compagnies de transport à La Paz deux jours avant.

La droite traditionnelle, profitant de la crise, fait de la surenchère. L’ancien président Jorge Quiroga appelle à l’arrestation des leaders et militants du mouvement, qualifiés de terroristes, voire de narcotrafiquants, et exige l’instauration effective et immédiate de l’état d’exception pour « libérer le peuple bolivien pris en otage ».

 

La solidarité est urgente

Si le gouvernement joue sa survie dans cette lutte sociale, il bénéficie d’un environnement international favorable, soutenu par Trump et les dirigeantEs d’extrême droite du continent qui poussent Paz à mater la révolte pour tourner la page des années du MAS. D’ailleurs, signe de l’ingérence des États-Unis, un accord de lutte contre la délinquance et le narcotrafic a été signé entre la Bolivie et les États-Unis le 16 avril…

Notre solidarité est d’autant plus importante qu’une victoire sociale en Bolivie serait un encouragement à la lutte pour les peuples et les travailleurEs des États latino-américains, notamment limitrophes, plongés dans la nuit « libertarienne ».