Une nouvelle année commence sans qu’aucune piste crédible de paix ne se dessine pour mettre fin à une guerre qui provoque la plus grave crise humanitaire mondiale.
Le 9 janvier a marqué le millième jour de guerre au Soudan. Le bilan est terrifiant : 30 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire et 150 000 ont perdu la vie dans ce conflit qui oppose, d’un côté, les Sudanese Armed Forces (SAF) dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et de l’autre, les Rapid Support Forces (RSF) conduites par Mohamed Hamdan Dagalo. Jadis alliés pour soutenir la dictature d’Omar el-Béchir puis fomenter un coup d’État contre le gouvernement civil issu de la révolution de 2019, ils se livrent désormais à une lutte destructrice pour la population et le pays.
Offensive et contre-offensive
Lorsque le conflit a commencé, les RSF ont rapidement pris le dessus. Leurs troupes étaient plus expérimentées du fait de la guerre menée au Darfour en 2003 et de leur engagement au Yémen en tant que mercenaires des Émirats arabes unis (EAU) contre les rebelles houthis. Elles ont ainsi pu s’emparer de la plus grande partie de la capitale, Khartoum, ainsi que de la ville voisine d’Omdourman. De plus, la supériorité aérienne des SAF s’est révélée peu utile dans les combats urbains, en l’absence de dispositif de renseignement.
Les SAF ont repris Khartoum en mars 2024 et viennent récemment de quitter Port-Soudan pour se réinstaller dans la capitale, largement détruite. Cependant, cette contre-offensive s’est vite essoufflée. Après un siège de 500 jours, les RSF ont réussi à s’emparer de la ville d’Al-Fasher au Darfour, commettant de nombreuses atrocités contre les civils dans l’incapacité de fuir.
Équilibre des forces
Cette guerre ne se maintient que grâce au soutien financier et militaire de puissances étrangères : les EAU appuient les RSF, tandis que Égypte et Turquie soutiennent les SAF. Récemment, l’armée soudanaise a négocié l’achat d’armes au Pakistan pour 1,5 milliard de dollars. Ce même pays a également vendu pour 4 milliards de dollars de matériel militaire au général Khalifa Haftar, en Libye, soutien des RSF — créant ainsi une situation paradoxale où des armes pakistanaises pourraient se retrouver des deux côtés du front.
Au fil du temps, le matériel employé devient de plus en plus sophistiqué, notamment avec l’usage croissant de drones. Les RSF les utilisent pour mener des frappes, notamment à Port-Soudan et, plus récemment, à Sinja, capitale de l’État de Sennar, où une réunion d’officiers supérieurs a été visée. Les SAF, de leur côté, emploient ces drones pour détruire les lignes de ravitaillement des RSF. Ces dernières ont cependant réussi à atteindre la région du Kordofan, considérée comme le grenier du pays.
Tant que les deux camps bénéficieront d’appuis extérieurs, la guerre a peu de chances de s’arrêter. Chacun entretient son propre narratif, élaboré par des cabinets occidentaux comme le français Think Doctor, dirigé par un ancien socialiste devenu macroniste, qui s’occupe de la communication des RSF.
L’implication croissante de milices par les deux camps ne fait qu’accroître le risque, au-delà d’une simple partition, d’une fragmentation durable du pays.
Paul Martial