Publié le Mercredi 6 mai 2026 à 09h00.

Vers une intervention trumpiste à Cuba ?

L’inculpation de Raúl Castro par l’administration Trump s’inscrit dans une escalade des pressions contre Cuba. Sur fond de crise économique et de tensions géopolitiques, certains craignent désormais une nouvelle intervention des États-Unis dans l’île.

Le 20 mai 2026, le ministère de la Justice de Donald Trump a inculpé Raúl Castro pour meurtre. Raúl, le frère de Fidel Castro, est âgé de 94 ans et faisait partie des révolutionnaires qui ont renversé le gouvernement du dictateur Fulgencio Batista en 1959 et établi un État communiste pro-soviétique en 1961. Les accusations portées contre lui remontent à février 1996, lorsqu’un groupe d’exiléEs cubainEs appelé « Brothers to the Rescue » a envoyé deux avions vers Cuba, mais ceux-ci ont été abattus par des avions de chasse cubains alors qu’ils se trouvaient encore dans l’espace aérien international, tuant quatre personnes à bord. Aujourd’hui, le gouvernement Trump tient Raúl Castro, qui a occupé les fonctions de dirigeant du Parti communiste cubain (PCC) et de chef de l’État, pour responsable de ces décès.

Changement de régime à la vénézuélienne 

Les États-Unis ont pratiquement dès le début imposé un embargo à Cuba, tenté d’assassiner Fidel Castro à de nombreuses reprises, soutenu une tentative d’invasion et, plus récemment, tenté d’affaiblir Cuba en coupant son approvisionnement en pétrole, ce qui a eu de lourdes conséquences pour le peuple cubain. Il semble désormais que Trump souhaite mettre fin au régime du PCC et lui trouver un remplaçant qui ouvrirait le pays au commerce et aux investissements étrangers, y compris ceux des exiléEs cubainEs.

Trump estime que son opération du 3 janvier 2026, au cours de laquelle les États-Unis ont brièvement envahi le Venezuela et capturé le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores pour les amener à New York afin qu’ils y soient jugés, a été un immense succès. Lors d’une conférence de presse, Trump a déclaré : « Il s’agit là de l’une des démonstrations les plus impressionnantes, efficaces et puissantes de la puissance et de la compétence militaires américaines de toute l’histoire des États-Unis. »

Trump pourrait considérer cette opération comme un modèle pour une action similaire à Cuba. Bien que le secrétaire d’État Marco Rubio, d’origine cubaine et ayant passé une partie de son enfance à Miami, en Floride, bastion des exiléEs cubainEs conservateurEs, souhaite voir le PCC remplacé par un État et une économie capitalistes, il semble préférer un règlement négocié à une action violente. Les Américains peuvent-ils trouver une personnalité disposée à traiter avec eux pour opérer cette transition, quelqu’un comme Delcy Rodríguez, qui a remplacé Maduro à la présidence du Venezuela et a cédé à Trump, permettant aux entreprises américaines de commencer à prendre le contrôle de l’industrie pétrolière ?

Une nouvelle aventure impérialiste de Trump

Le danger est que, si une solution n’est pas trouvée rapidement, sans pétrole pour l’éclairage et le chauffage des logements et des hôtels, et sans énergie pour faire fonctionner le réseau d’eau et les machines du pays, l’économie et le gouvernement cubains pourraient s’effondrer, entraînant le chaos, la criminalité et la violence comme on le voit en Haïti. Si les États-Unis et l’Iran parviennent à un accord mettant fin à la guerre, Trump serait alors libre de se lancer dans sa prochaine aventure impérialiste, quelle que soit la forme que prendra son intervention à Cuba.

Trump et Rubio ont récemment envoyé le directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Cuba, où il a rencontré le ministre cubain de l’Intérieur. Il a proposé au pays une aide de 100 millions de dollars, mais le président cubain Miguel Diaz-Canel a déclaré que son gouvernement préférerait que les États-Unis lèvent leur blocus. Raúl Castro était présent lors des pourparlers, alors même que les États-Unis préparaient son inculpation.

Il n’y a eu que quelques petites manifestations aux États-Unis contre l’ingérence américaine à Cuba, alors qu’il y a près de trois millions de CubainEs aux États-Unis, dont la moitié en Floride et d’autres au Texas, en Californie et dans le New Jersey. Ces immigréEs sont arrivéEs par vagues depuis les années 1960, et il y a peu d’amiEs du gouvernement cubain parmi eux. Beaucoup soutiendraient une intervention américaine. Les manifestations aux États-Unis ont été organisées par de petits groupes de gauche qui ont soutenu le gouvernement communiste cubain, et ils bénéficient de peu de soutien au sein de la société américaine. Pourtant, des sondages récents montrent que seuls 15 à 25 % de la population des États-Unis soutiendraient une intervention militaire. Trump souhaiterait remporter une victoire après avoir échoué à gagner la guerre contre l’Iran.

Dan La Botz, traduction Henri Wilno