Publié le Lundi 19 janvier 2026 à 15h41.

Des Transmusicales de Rennes à la librairie Violette and co…

Derrière la moquerie suscitée par l’amendement du député RN Matthias Renault se joue une banalisation dangereuse de la censure anti-trans. De l’attaque contre les Transmusicales à la répression visant la librairie lesbienne et féministe Violette and co, c’est une même offensive réactionnaire qui se déploie, normalisée par le débat public et révélatrice d’une fascisation en cours.

Le 13 janvier 2026, Le Canard enchaîné révélait que Matthias Renault, député RN de la Somme, avait déposé un amendement au projet de loi de finances 2026 visant à baisser les subventions au mouvement associatif. Il souhaitait notamment cibler l’association « Trans Musicales », connue « pour l’organisation de festivals de musique d’artistes transgenres », selon lui.

Ne pas tomber dans le panneau

Que n’avait-il proposé comme amendement ! Le festival rennais en question n’a rien à voir avec les personnes trans, mais tient son nom d’un album de jazz de 1978. Toute la sphère médiatique s’est, à la suite du Canard, moquée de lui, de Quotidien à BFM, en passant par Le Figaro ou Libération…

Toute la sphère médiatique est ainsi tombée dans le panneau. En effet, la question n’est pas de savoir si le festival Trans Musicales accueille des artistes trans ou non, la question est de savoir s’il est légitime de censurer des festivals, des structures, des lieux ouverts aux personnes trans ou animés par des personnes trans…

De facto, l’amendement de Matthias Renault et le cadrage médiatique qui a suivi normalisent cette volonté de censure.

L’exemple des États-Unis

Nous avons pourtant devant nous l’exemple des États-Unis où, pendant des mois et des années, les outrances de Donald Trump et du Parti républicain ont été banalisées, ramenées à de simples délires pathétiques et ridicules qu’il ne pourrait de toute façon jamais appliquer.

Aujourd’hui, Trump est au pouvoir et met justement en œuvre ces « délires pathétiques et ridicules ». Il y a la plus grande campagne de censure depuis le maccarthysme. Il supprime les droits des personnes trans, donne les pleins pouvoirs à l’ICE pour traquer et assassiner les immigréEs et leurs soutiens. Il instrumentalise la justice contre tous ses opposants.

L’offensive en France

En France, le pseudo « Observatoire de l’éthique universitaire », financé par Pierre-Édouard Stérin, met sous surveillance les universitaires trop « wokes » (comme le faisait Charlie Kirk aux USA) et appelle à les définancer.

Le Projet Périclès du même Stérin a initié, dans le cadre de sa campagne de « guérilla juridique » contre « la théorie du genre », des procédures contre un lycée qui accompagnait un élève trans et contre la mairie de Rennes qui subventionnait une association ouverte aux personnes non binaires.

Les Parents vigilants de Éric Zemmour, les médias Bolloré, et autres réseaux de l’extrême droite catholique ont attaqué les EVARS, dans un combat relayé au sein du gouvernement par Les Républicains. Ils veulent également interdire au Planning familial et à Outrans d’intervenir dans les établissements scolaires. Le même Planning familial, attaqué pour son combat en faveur de l’IVG mais également car il est trans-inclusif, se fait définancer par les départements de droite.

Valérie Pécresse a voulu censurer la Pride parisienne, et le Centre LGBTI de Touraine a été victime en 2023 d’un attentat à l’explosif par un jeune catholique intégriste, lui aussi en guerre contre « la théorie du genre ».

Le harcèlement de Violette and co

Ce que subit Violette and co, seule librairie lesbienne et féministe de Paris, est ainsi éclairant. Cela fait plus d’un an qu’elle est attaquée car elle est accusée d’avoir mis en vente un cahier de coloriage pro-palestinien, intitulé « From the river to the sea », et pour cela, accusée d’antisémitisme.

Il y a d’abord eu une campagne de cyberharcèlement et des dégradations de la vitrine pour laquelle la plainte déposée par les librairEs a été mystérieuse « perdue » (sic !). La droite, au Conseil de Paris et au Conseil régional, a appelé à supprimer ses subventions, pratiquant ainsi la fameuse « cancel culture » qu’elle prétend pourtant dénoncer à grandes larmes sur les plateaux de télévision et dans les tribunes de journaux.

Cela a culminé avec la perquisition subie par la librairie le 7 janvier 2026. La police était à la recherche de ce fameux cahier de coloriage, qui n’était pourtant pas disponible dans les rayons.

Il faut avoir bien conscience de ce que signifie une telle politique d’intimidation à l’encontre d’un lieu LGBTI, d’un lieu lesbien, trans-inclusif, et ce que ça nous dit de la fascisation à l’œuvre dans ce pays. Surtout lorsque l’on sait qu’un député RN, Frédéric Boccaletti, a quant à lui pu tenir sans soucis une librairie négationniste…

Panique morale antitrans

Il est peut-être possible de rire de Matthias Renault et de sa transphobie. Mais force est de constater que ce pays légitime des raids et des politiques de censure à l’encontre d’une librairie lesbienne.

Il est peut-être possible de rire de Matthias Renault et de sa transphobie. Mais force est de constater qu’il n’y a que deux hypothèses qui expliquent son amendement au projet de loi de finances 2026.

Soit il ne savait pas que le festival Trans Musicales n’était pas un festival ouvert aux artistes trans, et il a voulu initier une panique morale anti-trans. Soit il savait très bien que le festival Trans Musicales n’était pas un festival ouvert aux artistes trans, et il a voulu, en pleine conscience de son mensonge, initier une panique morale anti-trans.

Et cela ne nous fait pas rire du tout.

Sally Brina