Depuis son dernier congrès, le NPA-A reconnaît la sentience1 des animaux humains et non-humains, et appuie les réformes visant à abolir ou limiter l’exploitation animale pour le divertissement, l’alimentation, la recherche, les vêtements ou le commerce d’animaux de compagnie. Nous proposons ici l’esquisse d’un tel programme.
Sans perdre de vue l’objectif d’un monde sans exploitation, nous militons également pour un meilleur traitement des animaux et des mesures immédiates de réduction de leur exploitation, dès lors qu’elles ne sont pas conçues comme une fin en soi2. Or, dans un monde où les relations entre animaux humain·es et non-humain·es sont naturalisées et soumises à la loi du profit, la satisfaction de revendications immédiatement utiles aux animaux n’a rien d’évident. Elles rencontrent en effet l’opposition déterminée du complexe animalo-industriel3, car elles heurtent ses exigences de productivité et de rentabilité, et peuvent figurer l’amorce d’une société sans propriété des animaux.
Abolir ou limiter ?
Dans cette optique, chaque victoire arrachée au capital comptera. Nous pensons que les bases d’un tel mouvement existent dans la société et dans les classes populaires, où s’exprime un soutien massif à l’interdiction de l’élevage intensif ou à la création d’un statut juridique de personnes non-humaines pour les animaux, actuellement considérés comme des biens (respectivement 82 % et 86 % d’opinions favorables)4.
Le NPA-A, fidèle à la démarche transitoire, peut contribuer à la popularisation d’un plan de sortie de l’exploitation animale, répondant par ailleurs aux impératifs écologiques et sanitaires de la période. Ce plan, que nous soumettons au débat, reposera selon nous sur des mesures associant :
— l’arrêt immédiat des pratiques les plus cruelles,
— la mise en œuvre de normes dissuasives et l’arrêt des subventions à l’industrie de la viande, des produits laitiers et de la pêche,
— l’interdiction de l’introduction, de l’acquisition, de la vente, de la détention et de la reproduction artificielle d’animaux,
— des politiques d’accompagnement des éleveuses et éleveurs, pêcheuses et pêcheurs, travailleuses et travailleurs avec maintien et garantie de rémunération,
— la végétalisation de l’agriculture,
— le développement de structures de soins aux animaux,
— la création d’un statut juridique de personne non-humaine,
— des investissements publics massifs financés par la réquisition des entreprises et des profits du complexe animalo-industriel et de l’industrie pharmaceutique qui tirent profit des animaux.
Le divertissement
L’abolition de la corrida, très populaire, peut être facilement mise en œuvre. En France, l’interdiction de l’acquisition, de la détention, de la reproduction et du spectacle d’animaux dans les cirques et delphinariums est mise en œuvre de manière échelonnée entre 2023 et 20285. D’autres pays (comme le Royaume-Uni) se sont dotés de normes d’installation si strictes qu’elles ont conduit à la fermeture des bassins.
La fermeture des aquariums ou des zoos, qui mettent souvent en avant leur participation à la sauvegarde d’espèces en danger pour justifier l’enfermement de tous les individus (ce que Marc Bekoff, éthologiste renommé, conteste6) est, elle, à organiser. Les captures doivent être interdites et les animaux qui pourront être relâchés devront l’être après des périodes de réhabituation à la vie libre. Si des espèces sont jugées d’une importance particulière et justifient des politiques de conservation, celles-ci ne doivent pas être laissées à des structures privées avides de profits mais à des organismes publics et scientifiques, sans contact avec le public.
La chasse
L’interdiction de la chasse est elle aussi facilement envisageable : l’interdiction des pires pratiques (élevage, agrainage, appâts vivants, colle, chasse à courre…), la réduction de la saison de la chasse et des journées autorisées en semaine, le durcissement des conditions d’accès au permis de chasse et aux armes peuvent être immédiatement mis en place. Conjointement à une interdiction totale de la chasse, des politiques publiques de suivi des populations libres des grands mammifères devront permettre d’identifier les difficultés dans nos rapports avec celleux-ci, et en dernier recours, des politiques de castration pourront être mises en place pour faciliter la co-habitation avec ces animaux.
Concernant les animaux libres vivant en ville (pigeons, rats…), les méthodes de contraception déjà disponibles doivent être rendues obligatoires et les méthodes de gestion létales doivent être interdites.
L’élevage et la pêche
Le démantèlement du complexe animalo-industriel (première puissance exploitative mondiale, responsable de la mort annuelle de 90 milliards d’animaux terrestres et de 300 milliards d’animaux aquatiques) et de l’élevage intensif (concentrant en France 80 % des animaux d’élevage terrestres selon l’association L214) est la tâche prioritaire. Elle exigera le plus haut niveau de rapport de force, tant les intérêts en jeu sont colossaux7.
Les pratiques les plus cruelles (mutilations, élevage en cages et espaces confinés, foie gras...), les projets de fermes géantes de poulpes ou de saumons peuvent être interdits dès maintenant. Pour fermer les élevages et les abattoirs, les mesures mises en œuvre combineront, jusqu’à cessation complète, la limitation de leur taille, l’édiction de normes contraignantes de surface et d’hygiène et l’interdiction de la reproduction des animaux d’élevage destinés à la consommation.
Ainsi, les animaux ne seraient plus inséminé·es artificiellement, ne seraient plus mutilé·es, ne seraient plus sevré·es prématurément et séparé·es de leurs congénères, ne seraient plus laissé·es pour mort·es si malades, ne seraient plus engraissé·es, et ne seraient plus tué·es prématurément et inutilement.
Pour ce qui est de la pêche, l’interdiction portera en priorité sur les chalutiers et senneurs, puis sur l’arrêt des pêcheries utilisant les arts dormants (qui effectuent le plus de captures accidentelles et représentent 65 % de la flotte française8).
Les éleveureuses qui le désirent doivent pouvoir continuer à travailler avec des animaux tout en sortant du système productiviste et bénéficier de programmes de « transfermation »9. Ces mesures devront être renforcées pour les pêcheureuses, dont l’activité porte sur la capture d’animaux libres.
Nous pourrions alors envisager un service public dédié à une nouvelle relation avec les animaux, faisant des travailleureuses dans les refuges et sanctuaires, actuellement dépourvus de statut juridique, des agent·es spécialisé·es dans le travail du soin aux animaux.
D’autres politiques pourront être mises en place pour une remise en liberté prochaine, ou une dédomestication de certaines espèces comme cela se fait dans certains parcs naturels.
En parallèle, devra être développée une politique de végétalisation de l’alimentation reposant sur l’agroécologie (par exemple à travers des aides aux agricultrices et agricuteurs pour le passage au végétal, une commande publique végétale pour les cantines et une sécurité sociale alimentaire végétale), pour éviter que la fin de la production et de la consommation d’animaux soit perçue comme une restriction.
Les animaux de compagnie
Nous défendons, en mesure d’urgence et de justice sociale, la création d’une sécurité sociale pour les animaux et de centres publics et gratuits de soins, tant ceux-ci sont coûteux.
Au-delà, ces animaux doivent bénéficier des politiques adaptées aux intérêts spécifiques de leur espèce. L’interdiction de la vente des chien·nes et chat·tes en animalerie, effective depuis 2024, doit être étendue à l’élevage et au commerce de l’ensemble des animaux, de sorte à ne plus permettre que l’adoption d’animaux issu·es de refuges ou de particulier·es. Ces mesures impliqueront un changement culturel majeur : nous n’achèterons plus des animaux pour leur « race »10, pour leur physique ou pour des caractéristiques précises. Vouloir composer une famille humain·e/animal·e se fera dans un cadre différent, et certaines espèces (en particulier celles non-domestiquées) ne seront plus à notre disposition. Vouloir posséder un·e animal·e ne sera plus quelque chose d’aussi facile qu’aujourd’hui, et plutôt que de s’en morfondre, mieux vaut s’en réjouir : les animaux ne seront plus forcé·es à quitter leur famille pour rejoindre les nôtres. Nos relations avec elleux prendront une profondeur nouvelle et bien plus enthousiasmante que le rapport propriétaire/objet que nous entretenons malheureusement encore aujourd’hui. Cette politique n’est pas incompatible avec la préservation de liens de coopération (chien·nes guides ou d’assistance par exemple) garantissant des droits collectifs pour les animaux (soins, repos, retraite, etc.).
Enfin, l’enrôlement d’animaux dans la police et l’armée sera interdit.
L’expérimentation
L’utilité de l’expérimentation sur les animaux est rarement démontrée, puisque seuls 5 % des médicaments testés et approuvés sur des animaux sont commercialisés11. Trop de laboratoires répètent une expérience déjà effectuée par un autre. Il faut arrêter de subventionner les tests sur animaux, rendre obligatoires les alternatives non-animales quand elles sont disponibles, et financer un plan massif de recherche pour des méthodes in vitro ou numériques en prenant sur les profits des laboratoires.
Nous proposons que les animaux soient mis au même niveau que les humain·es dans la loi, leur donnant des droits similaires et encadrant strictement les expérimentations qui les concernent. Les contrôles dans les laboratoires doivent être indépendants, annuels et sans annonce préalable. Les manquements devront être sévèrement réprimés. L’ensemble des instances doivent être réformées, les comités d’éthique en particulier.
Mettre fin à l’expérimentation sur les animaux doit être un objectif clair et assumé pour éviter de continuer de trouver des justifications nouvelles à leur utilisation dans la recherche médicale.
- 1. La sentience est la capacité d’êtres vivants à ressentir des expériences subjectivement, à être affecté positivement ou négativement par ce qui leur arrive (ensemble des vertébrés dont mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, invertébrés crustacés décapodes, mollusques céphalopodes et insectes, notamment).
- 2. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, L’éthique animale, Éd. PUF, 2011.
- 3. Forgée par Barbara Noske, l’expression désigne le système d’acteurs (politiques, industriels, financiers) qui organisent l’exploitation des animaux.
- 4. Neuvième baromètre IFOP (2026), Les Français et le bien être des animaux. D’autres propositions sont également très populaires, comme l’interdiction du transport d’animaux d’élevage vivants (91 % d’opinions favorables), de la vente en ligne de tous les animaux (86 %), de la vente d’animaux de compagnie en animalerie (77 %), de la corrida (78 %), de la chasse à courre (78 %), de la chasse pendant les vacances scolaires, week-ends et jours fériés (entre 79 et 82 %) ou de toute expérimentation animale (80 %).
- 5. Loi n°2021-1539 du 30 novembre 2021.
- 6. Marc Bekoff, Les émotions des animaux. Éd. Payot et Rivages, 2009.
- 7. Le marché de la viande et des produits laitiers représente près de 82 milliards d’euros en 2024 en France selon le ministère de l’agriculture.
- 8. Ministère de la mer et de la pêche, État des lieux de la transition énergétique des flottes de pêche et d’aquaculture, 2025 .
- 9. La transfermation est la transition volontaire des agriculteurices qui quittent l’élevage pour développer une ferme post-élevage ou « trans-ferme », dédiée à la préservation de leurs ancienne·es animaux d’élevage et à l’accueil de nouvellaux. Voir Nicolas Salliou, Quitting livestock farming : transfarmation pathways and factors of change form post-livestock farmers’ accounts. Éd. Frontiers, 2023.
- 10. La « race » est un rang taxinomique informel et controversé. Elle repose sur des critères subjectifs et pratiques dans le cadre de la sélection humaine, de la reproduction et de l’échange des animaux domestiques.
- 11. Ineichen BV, Furrer E, Grüninger SL, Zürrer WE, Macleod MR, Analysis of animal-to-human translation shows that only 5 % of animal-tested therapeutic interventions obtain regulatory approval for human applications, PLoS Biol 22(6) : e300266, 2024.