À en croire donc le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, la répression n’existe pas. Pourtant, on ne peut que constater que, depuis 2016 et les mobilisations contre la loi travail, les pouvoirs en place répriment de plus en plus fortement les mouvements sociaux. Dans la rue avec un « maintien de l’ordre » de plus en plus violent et aussi sur le terrain administratif et judiciaire.
La répression du mouvement en cours, initié par les lycéenNEs, constitue de ce point de vue un pas en avant qui est d’autant plus inquiétante que débute une campagne électorale marquée par la possibilité, qui n’a jamais été aussi forte, de voir l’extrême droite arriver au pouvoir.
Les pratiques répressives, testées depuis longtemps dans les quartiers populaires, se sont progressivement étendues des luttes antiracistes et contre les violences policières aux mouvements de solidarité avec la Palestine et aux mouvements sociaux.
La violence policière comme seule réponse
Incapable de donner une réponse politique aux revendications de la jeunesse scolarisée, le gouvernement a laissé le seul ministère de l’Intérieur gérer le mouvement lycéen, envoyant la BAC et des effectifs non formés au maintien de l’ordre réprimer les blocages, et laissant les violences policières se déployer dans les manifestations. Dents cassées, mains arrachées, yeux crevés, nombreuses blessures dues aux matraquages, aux tirs de LBD et de grenades de désencerclement, le bilan humain est déjà très lourd.
Le nombre de gardes à vue est historique : 7 950 mi-octobre selon la Chancellerie, dont 85 % de mineurEs. Elles sont très souvent marquées par des insultes, des intimidations et des violences physiques. Elles vont marquer toute une génération qui subit de plein fouet la violence d’une police et d’une justice au service des classes possédantes.
Comme pendant le mouvement des Gilets jaunes, la répression judiciaire frappe avec des condamnations à des peines de prison ferme qui tombent en masse lors des comparutions immédiates.
Sur le plan administratif, les préfectures prennent des arrêtés pour interdire les rassemblements autour des lycées, tentent d’interdire les manifestations et, lorsqu’elles les autorisent, font pression pour faire changer les parcours déposés par les organisations syndicales. Jusqu’à l’absurde, comme à Paris, où le Conseil d’État a tenu une audience le vendredi 30 octobre à 22 h pour casser la décision du tribunal administratif qui autorisait le très classique Bastille-Nation déposé pour le lendemain et valider le parcours imposé par la préfecture de police sur les boulevards extérieurs.
Des lois antiterroristes à la répression des mouvements sociaux
Le 24 octobre puis le 31 ont également vu l’application de mesures venant des lois antiterroristes, avec des dizaines d’assignations à résidence. Ces « mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance » (Micas) sont issues de la mise en place de l’état d’urgence en 2015 et ont été intégrées dans le droit commun avec la loi Sécurité intérieure de 2017. Pour le ministère de l’Intérieur, certains actes commis pendant la mobilisation peuvent être qualifiés de « terroristes », ce qui concorde avec le traitement médiatique de l’incendie de la mairie de Limoges et la dénonciation d’une « ultragauche violente » qui n’a jamais existé ailleurs que dans les fantasmes rances des flics.
Les Micas visent aussi bien des figures connues, comme Omar Alsoumi, porte-parole d’Urgence Palestine, que des anonymes, sans justification autre que de militer, d’avoir manifesté ou participé à des rassemblements lors des journées de mobilisation du mouvement en cours.
Elles sont un pas en avant vers la fascisation. C’est cela aussi que combattent la jeunesse mobilisée et les travailleurEs en lutte, c’est bien un des enjeux du mouvement en cours.