Depuis la circulaire du 2 juillet 2026, chaque école, collège et lycée doit organiser une cérémonie « autour du 11 novembre ». Sous couvert d’hommage, c’est une certaine idée de l’école qui s’impose : celle d’un appareil chargé de fabriquer l’unité nationale.
Jusqu’ici, le ministère se contentait d’une note annuelle incitative. Désormais, tout est prescrit dès le CM1 : un guide en quatre temps, des partenaires extérieurs (éluEs, armée, associations mémorielles), salut au drapeau, sonnerie aux morts, Marseillaise, uniformes. L’objectif affiché est de « renforcer la cohésion nationale ». Il ne s’agit donc pas d’étudier la guerre, mais de faire accomplir aux élèves les gestes du nationalisme.
Une mémoire sans histoire
La circulaire honore tous les « morts pour la France » depuis 1914. La catégorie semble neutre ; elle est en réalité un opérateur d’effacement. Elle range dans un même hommage la guerre de 1914-1918 et les guerres d’Indochine et d’Algérie, menées pour conserver la domination coloniale de la France. Disparaissent alors les coloniséEs et les mouvements de libération nationale. Quant aux victimes du terrorisme, leur droit à l’hommage est entier, mais l’adosser à un rituel militaire installe le cadre d’une France « en guerre ». L’histoire scolaire apprend à interroger des récits situés ; la cérémonie en livre un, tout fait.
L’école, appareil d’hégémonie
L’école organise les habitudes et les évidences qui stabilisent un ordre social. Le contexte n’a rien d’anodin : réarmement, tensions internationales, classes défense, partenariats avec l’armée. Pendant que les moyens manquent pour les classes, les remplacements et les AESH, l’institution trouve du temps pour faire défiler des uniformes dans la cour. Un enfant de 9 ans placé au garde-à-vous n’apprend pas à comprendre la guerre : il apprend à la respecter.
Ce choix ne tombe pas du ciel. À quelques mois de la présidentielle, en imposant drapeau, uniforme et « unité nationale » à l’école, le gouvernement déroule le tapis rouge à celles et ceux dont c’est le fonds de commerce : l’extrême droite. Et rien n’empêche des éluEs RN d’investir ces cérémonies où les éluEs peuvent être invitéEs. Le gouvernement sème le nationalisme, le RN récoltera.
Refuser cet embrigadement
Les syndicats (FSU, CGT Éduc’action et SUD éducation) revendiquent l’abandon de cette note et ont déposé des préavis de grève dans la période autour du 11 novembre. Le préavis couvre celles et ceux qui se déclarent grévistes, au prix d’une retenue sur salaire. Le coût du refus pèse ainsi sur les plus précaires, les stagiaires, les contractuelLEs, les directeurEs presséEs par leur hiérarchie ou par des éluEs locaux. D’où la nécessité de transformer le refus individuel en refus collectif : décision en conseil des maîtres et maîtresses, motion en conseil d’école ou d’administration, courrier commun ou transformation de la cérémonie en cérémonie antiguerre.