Publié le Mercredi 23 septembre 2026 à 09h25.

Appeler un faf un faf

Autour de Ceuta, la panique raciste a ressorti une de ses armes favorites : l’accusation de viol. Au 31 août, le parquet recensait 23 agressions sexuelles, dont cinq viols. Les victimes étaient des migrantEs, dont neuf mineures ; parmi les huit suspects identifiés, trois Espagnols et un Belge. Mais qu’importe. Dans le récit dominant, les victimes ont disparu. Il ne reste que des hordes d’étrangers menaçant les Européennes. Une réactivation d’un vieux scénario colonial : prétendre défendre « nos femmes » contre la prétendue sauvagerie sexuelle de l’étranger.

Lancée par le patronat valencien, la campagne « Todos somos caballas » (surnom des habitantEs de Ceuta) a fait de la solidarité un mot d’ordre raciste. Avant le match Elche-Real Madrid, Kylian Mbappé, Vinícius et Ibrahima Konaté ont porté le tee-shirt à moitié enroulé, masquant une partie du slogan, en signe manifeste de protestation. Mbappé a expliqué penser aussi aux migrantEs mortEs ou soumisEs à des conditions dures, refusant toute hiérarchie entre les souffrances. Cela a suffi pour que Vox fustige « trois millionnaires » et que le patron de la Liga exige le port du tee-shirt.

Le même jour, Teddy Riner s’est inquiété de la montée de l’extrême droite. « Il faut appeler un chat un chat », a-t-il précisé. Dès le lendemain, la fachosphère a déchaîné sa négrophobie contre cette parole jugée sans valeur, et Pascal Praud s’est efforcé de la réduire au néant : « Ce que dit Teddy Riner ou rien, c’est au fond la même chose. Les Français s’en fichent. » Comment mieux dire l’illégitimité d’une parole noire lorsqu’elle vient troubler la dérive fascisante du débat public ? Pourtant, s’il faut attaquer ces voix, c’est qu’elles dérangent.

Réjouissons-nous de les voir s’élever. Mbappé et Riner ne sont pas des militants révolutionnaires, mais leur popularité donne une portée immense à leur refus du racisme et du fascisme. La lutte contre le RN et la fascisation passera inévitablement par des voix différentes. Pour notre part, nous sommes convaincuEs qu’il ne suffira pas de condamnations morales, aussi bienvenues soient-elles, et qu’il faudra imposer des alternatives radicales, sortir du carcan capitaliste et rouvrir un chemin d’émancipation.