Le NPA-A 61 a participé activement à la campagne des municipales à Alençon avec la liste Gauche unie : c’est en effet un des camarades du comité, avec l’étiquette NPA-A, qui est la tête de liste de ce rassemblement des forces de gauche politiques et sociales. Nous souhaitions ici partager notre démarche, l’historique de ce travail ainsi que les difficultés et les limites que nous rencontrons. Cet article a été écrit avant le second tour, qui a vu l’élection d'un militant du NPA au conseil municipal d'Alençon.
Sans aucune velléité dogmatique, nous souhaitons exposer ici les choix que nous avons faits pour la construction de cette liste et les réponses apportées à des problématiques concrètes qui apparaissent nécessairement lorsqu’on travaille avec des forces politiques (notamment les forces locales « citoyennes ») dont les tactiques diffèrent des nôtres.
Petit point historique
En 1983 et 1989, la LCR s’était présentée aux élections municipales. Puis, par trois fois, notre camarade Christine Coulon fut élue, en 1995 avec 7,38 %, en 2001 avec 8,13 % et en 2008 avec 7,27 %. Ces scores avaient permis d'obtenir un siège parmi les 35 du conseil municipal — scrutin à lasemi-proportionnelle — sans toutefois ouvrir droit à un siège à la communauté de communes. On voit là la logique d’une démocratie représentative, qui minorise encore plus les oppositions ; Christine a toujours été élue sur une liste soutenue par la LCR seule et donc représentait l’opposition de gauche, dans des configurations différentes (majorité de droite, majorité gauche plurielle, et des gouvernements gauche et droite en alternance).
Pour comprendre l’émergence de la liste Gauche unie pour les élections municipales de 2026, il faut reprendre le travail unitaire qui a été fait à Alençon dans le cadre du NFP. Le NPA-A en a été un moteur indiscutable : alors que le PS a disparu des réunions et des actions dès l’éléction de leur députée, nous avons poursuivi la démarche par la création d’un NFP local regroupant les forces politiques de gauche (Écologistes, FI, NPA-A, PCF, Pôle citoyen) mais également des structures syndicales (Solidaires) et des citoyen·nes militantes des luttes sociales. Cela a permis de mettre en place et de maintenir des pratiques unitaires pendant plus d’un an et d’avoir un cadre de débat déjà en place pour les discussions sur la constitution d’une liste unitaire large en vue des municipales.
C’est la configuration des listes pressenties ou annoncées qui a dessiné l’espace que nous pourrions occuper.
La situation polique de la ville
Tout d’abord, Alençon sort de trois mandats d’un maire socialiste macron-compatible. Cette longévité à la tête de la municipalité lui confère une bonne place dans le paysage politique et il bénéficie de l’effet « notable installé depuis toujours ». Cependant, le bilan de son troisième mandat est à l’image de la supercherie du PS au national : en n’abordant les questions sociales qu’à la marge et sans réel investissement dans les politiques de lutte contre la précarité, incapable d’agir pour les populations vulnérables et pour les quartiers populaires, se contentant d’événements de façade pour les luttes féministes et complètement silencieux face au racisme systémique (et notamment aux interventions récentes de la BAC et de dizaines de policiers de la police nationale dans les quartiers populaires). Il aura cependant été proactif sur l’armement de la police municipale, le développement de la vidéosurveillance et le financement de la rénovation d’un bâtiment pour le transformer en pépinière d’entreprise.
À sa droite, la candidate ancienne LR inscrit sa campagne dans la plus pure ambiance sécuritaire du moment : en attendant de sortir le programme complet pour la municipalité, la communication principale s’est faite sur le triplement du nombre d’agent·es de police municipale, l’extension massive de la vidéosurveillance, allant même jusqu’à la prévision de raser la « tour Pascal » bâtiment central du quartier de Perseigne, accusée d’être le nœud névralgique du « trafic » de drogue. Sans oublier les questions des dépôts d’ordures sauvages auxquelles elle se propose de répondre par une politique « retour à l’envoyeur » et amende. Pour chaque question, une réponse : la répression.
Enfin, pour la première fois dans notre ville, une liste Rassemblement national. La tête de liste est passée par reconquête pour les législative de 2022, avant de se rallier au RN en tant que suppléant de la candidate aux législatives de 2024. Nul besoin de développer ici la rhétorique sécuritaire et raciste de leur discours ; nous noterons cependant qu’elle se construit dans une union avec l’UDR et affiche ainsi un profil droite tradi, réactionnaire et nationaliste.
Un espace politique pour une gauche unitaire et radicale
Il y avait donc bien l’espace politique pour une liste de gauche portant un programme de progrès social, d’émancipation, de lutte contre les discriminations et les racismes. Les collectifs et les partis, pris séparément, n’ayant pas les forces militantes pour construire seuls une liste, c’est le rassemblement qui s’est imposé. En outre, cela permet de matérialiser l’unité indispensable contre l’avancée du fascisme et contre les dérives d’extrême droite et sécuritaires de l’ensemble des blocs politiques du centre, de la macronie et de la droite. Sur le terrain, cet attelage est différemment apprécié et l’on observe parfois des difficultés d’adhésion chez celles et ceux qui, appelant pourtant à une réponse unitaire, déplorent la présence tantôt du NPA-A tantôt de la FI et ce, malgré notre présence sur le terrain des luttes au quotidien à Alençon. Notre accès à la tête de liste n’a guère été débattu et s’est imposé grâce à notre travail sur le terrain, dans les luttes, dont nous avons tiré la légitimité et gagné la confiance du collectif.
Il est évident pour nous que dans ce cadre, le programme de la liste ne peut être l’expression pure d’un programme révolutionnaire pour les municipales et la réflexion sur les limites et lignes rouges aura été centrale dans notre démarche.
Commencent alors les interrogations sur le programme et sur la manière de faire campagne dans un espace médiatique polarisé sur les questions sécuritaires. Nous voyons déjà dans l’expression publique des autres listes une mise en avant de ces questions sécuritaires et d’une certaines manières identitaires. Il ne s’agit pas pour nous d’avoir un discours qui réponde point par point à cette rhétorique mais bel et bien de rappeler que l’insécurité, c’est l’impossibilité d’accès aux droits et à des conditions de vie dignes (protections sociales, santé, logements, travail et alimentation). Nous devons alors déplacer le discours et la critique sur le système, sur les conséquences à l’échelle municipales de politiques nationales. Ce qui nous semble là évident ne l’est pas toujours pour nos partenaires. Il aura fallu par exemple débattre pour imposer le démantèlement de la vidéosurveillance, pour tenir un discours critique sur l’action de la police municipale et de réussir à aménager des espaces dans notre programme et notre matériel pour dénoncer l’action de la BAC dans nos quartiers populaires. Ces questions articulent politique locale et nationale : elles ont donc cristallisé les désaccords, notamment auprès de certaines forces qui mettaient en avant un discours uniquement localiste afin de passer sous silence ses questions trop « nationales ». Pareillement, les propositions d’avancées sociales significatives comme le revenu minimum municipal garanti, l’expérimentation de la sécurité sociale alimentaire ou plus modestement la gratuité des transports publics et des premiers mètres cubes d’eau ont dû s’imposer face à la critique de la « faisabilité », tentative avortée de vider d’une partie de sa substance un programme de rupture.
Vers un deuxième tour tendu
La composition de la liste a donné lieu à d’âpres discussions confrontant des conceptions très différentes. Pour certain·es, il fallait être légitime pour être sur la liste : c’est-à-dire avoir de l’expérience dans la municipalité, une connaissance technique des compétences, des dossiers, des financements… Nous avons donc dû, pas à pas, déconstruire cette vision d’une liste de technicien·nes et imposer une liste plus jeune, constituée de personnes actives dans les luttes sociales, de personnes portant les intérêts des plus précaires. Il a ensuite fallu batailler sur la représentation des personnes racisées et des personnes des quartiers populaires (notons que ces personnes, nous, au NPA-A 61, nous les connaissons parce que nous militons avec depuis des années, notamment dans les luttes antiracistes, contre les lois sécuritaires, pour le soutien au peuple palestinien, contre la précarité économique et sociale dont elles sont victimes). Enfin, c’est contre les égos blessés que nous avons bataillé pour avoir une représentation variées des catégories professionnelles, qui inclut évidemment les plus précaires, les privé·es d’emploi : bien des personnes CSP+ habituées à participer aux listes citoyennes ont dû laisser leur place. Ainsi, au sein donc de notre alliance, la composition de la liste a été un geste politique en soi : chacun·e y portant les intérêts de classe mais aussi de groupes minorisés, de quartiers populaires, c’est autant le profil de la liste que l’orientation du programme qui se sont alors précisés.
Sans aucun défaitisme, nous savions que notre liste avait peu de chances de remporter la mairie et nous devions aborder la question du second tour. Pour nous, NPA-A 61, il n’était pas envisageable de faire une fusion programmatique qui nous enchaînerait à la municipalité sortante mais notre engagement à battre la droite et l’extrême droite pourrait nous imposer une fusion technique. Pour l’heure, l’absence de programme de la liste de la municipalité sortante ne permet pas d’estimer si des lignes rouges seront franchies (en premier lieu sur les questions sécuritaires et sur l’abandon des publics précaires). D’ores et déjà, en cas de fusion, nous savons que nous exigerons une totale liberté de vote, notamment sur le budget, et que nous refuserons tous les postes d’adjoint·e : il nous est inacceptable de nous retrouver en position de gérer le système et de faire fonctionner ainsi la grande machinerie austéritaire que sont devenues les municipalités. Ce positionnement a été difficile à faire entendre au sein de la liste ; nous en sommes conscientes même en ayant la position de tête de liste. C’était pourtant la seule position tenable pour que notre participation au conseil municipal puisse être une réelle opposition et qu’elle puisse y porter une propagande libre de critique des politiques locales et nationales.