Le plan « Grand Froid » est un dispositif déclenché par le préfet, lorsque les températures sont particulièrement basses. Ce dispositif est censé permettre à toutes les personnes vivant à la rue d’être hébergées. Cependant, la préfecture et la mairie « oublient » d’abriter tout le monde…
C’est sous la pression d’un rassemblement organisé par le Collectif des Jeunes du parc de Belleville devant l’Hôtel de Ville que 70 jeunes ont été mis à l’abri au Carreau du Temple dans le cadre du Plan « Grand froid ». Cette ouverture de places est le résultat d’une mobilisation déterminée, de maraudes quotidiennes, d’alertes répétées et d’une organisation collective.
Le tri des vies comme choix politique
Au Carreau du Temple, les conditions d’hébergement sont inacceptables. Le froid y est intense, le chauffage insuffisant, les couvertures rationnées. Les personnes mises à l’abri n’ont pas dormi. Certains jeunes, épuisés, sont retournés dans leurs tentes dès l’aube. Des familles avec enfants, dont un bébé d’un mois, ont été exposées à ces conditions indignes.
Des centaines de jeunes, de familles, d’hommes seuls et de demandeurEs d’asile dorment encore dehors, sous la pluie et dans le froid. Le Plan « Grand froid » illustre une logique cynique : l’hébergement est temporaire, conditionné aux températures, et s’interrompt dès que le thermomètre remonte. Comme si la rue devenait soudainement acceptable à 3 degrés sous la pluie. Cette gestion climatique de la misère est un choix politique, indissociable des politiques anti-immigration. Elle se traduit chaque jour par des remises à la rue de mineurEs, de familles et de personnes isolées.
La lutte pour les droits continue
Pour éviter les remises à la rue après la clôture du Plan « Grand froid », une mobilisation s’est tenue vendredi 16 devant la Préfecture de région Île-de-France (PRIF). C’est la seconde fois que les jeunes du Parc de Belleville se mobilisent devant la PRIF en dix jours, cette fois accompagnéEs des travailleurs et des travailleuses sans-papiers de la Coordination des Sans Papiers 75. Le 7 janvier dernier, ils n’avaient pas été autorisés à entrer et avaient été reçus rapidement, sur le trottoir, sans avoir le droit de discuter avec les institutions. Cette fois, une délégation de jeunes du collectif a été reçue, sur rendez-vous, non pas par le préfet, mais par le sous-préfet. Leurs revendications étaient claires : refus des remises à la rue et exigence d’hébergements pérennes pour toustes. La seule réponse apportée a été la promesse de « faire remonter les demandes au préfet ».
La Ville de Paris et l’État disposent de leviers immédiats : le dispositif lycéen annoncé depuis octobre mais notoirement insuffisant, les gymnases et hôtels déjà ouverts, la capacité à débloquer des places en urgence, comme cela a été fait lors d’épisodes neigeux ou d’événements exceptionnels. Ce qui fait défaut, ce n’est pas la capacité d’agir, mais la volonté politique.
La chaleur, un toit et la dignité sont des droits. Et la lutte continue.
Amel