Publié le Mercredi 10 juin 2026 à 16h00.

Retour sur le 54e Congrès de la CGT

Le 54e congrès confédéral de la CGT s’est tenu à Tours du 1er au 5 juin. Près de 1 000 déléguéEs mandatéEs par leurs syndicats s’y sont réuniEs pour définir les orientations de l’organisation pour les trois prochaines années.

Sophie Binet a été reconduite à la tête de la CGT. Le rapport d’activité a été validé par 81,36 % et le rapport financier par 90,61 % des mandats. Les déléguéEs valident donc très largement le bilan pour au moins deux raisons : la direction confédérale a su rassembler une organisation au bord de la rupture lors du précédent congrès, mais également pour son intransigeance envers l’extrême droite. 

Le reste du bilan a fait l’objet de critiques légitimes pour avoir repeint en rouge trois années où notre camp social a subi de grandes défaites, et peu de petites victoires. De nombreux déléguéEs ont ressenti le besoin de tirer les leçons de la défaite de 2023 sur les retraites, afin de construire des mobilisations plus puissantes et durables à l’avenir. Ces débats ont révélé une tension au sein de la CGT : d’un côté, une volonté de renouer avec une culture de la grève et du rapport de forces ; de l’autre, les limites d’une stratégie qui reste dépendante du calendrier institutionnel ou de l’unité ­syndicale au sommet.

 

Des débats inachevés

De nombreux congressistes déplorent le verrouillage inutile des débats d’orientation : tri des interventions sur les orientations ou rejet d’amendements.

Ainsi, la mise en place d’une maison commune avec la FSU n’aura souffert d’aucune contradiction, faute d’avoir laissé s’exprimer les intervenantEs sur ce sujet. Ce rapprochement était en discussion depuis 2023, et la FSU a validé cette orientation à son congrès de 2025. Le projet, présenté comme non fusionnel, vise à bâtir un outil syndical commun capable de peser davantage dans les luttes. Il aurait été sain de le valider démocratiquement.

L’adhésion à la campagne BDS n’a pas été débattue, alors que de nombreux amendements ont été déposés en ce sens, et que le soutien au peuple palestinien était omniprésent. Sophie Binet a accueilli Hala Abou Hassira, ambassadrice de Palestine en France, en déclarant que « ce génocide, perpétré sous les yeux du monde entier, est une insulte à notre humanité commune » et le congrès a voté une motion en faveur du droit au retour des réfugiéeEs palestinienNEs.

 

Des avancées

L’antifascisme est assumé comme le combat central et vital dans la période. Le 2 juin s’est tenu un meeting international contre l’extrême droite, destiné à rappeler les ­engagements antifascistes de la CGT.

L’intégration du cadre commun contre les Violences sexistes et sexuelles, en annexe aux ­statuts confédéraux, a été votée à 70,93 % des mandats. Une façon d’inscrire dans les fondamentaux de l’organisation ces règles adoptées en 2023, et d’affirmer que la CGT soutient la lutte contre les VSS, par un cadre clairement défini.

L’intervention des déléguéEs de la Fédération des organismes sociaux autour de la revendication du 100 % Sécu fut un moment fort du congrès. Ce projet porte une solidarité universelle, par la Sécurité sociale, qui arrache une part de la valeur produite aux mains du capital pour la redistribuer ­collectivement.

Sur les enjeux de structuration, la possibilité de créer des syndicats territoriaux de branche pour regrouper des syndiquéEs isoléEs est validée. N’en déplaise à certaines fédérations qui s’y opposaient, dans une logique bureaucratique de maintien des sièges dans les congrès et de captation des cotisations. Il était temps, car aujourd’hui unE syndiquéE sur 6 est isoléE.

 

Des enjeux décisifs

La CGT, capable de rassembler 1 000 déléguéEs issus de toutes les professions, reste un outil irremplaçable du mouvement ouvrier, et probablement la seule organisation de masse capable de peser politiquement en dehors des élections. Mais la question organisationnelle ne peut être séparée de la question politique. Pour mobiliser, il faut des perspectives claires. La réponse devra être sociale, collective et offensive.

Finalement, ce congrès reflète les contradictions qui traversent aujourd’hui le syndicalisme de lutte. La volonté de lutter est bien présente. Les analyses sur la gravité de la situation sociale et politique sont largement partagées. Mais les réponses stratégiques restent encore incomplètes face à l’ampleur des attaques en cours. 

Pour les militantEs du NPA-A, l’enjeu est de renforcer les courants combatifs dans le mouvement syndical, de favoriser les cadres unitaires de lutte à la base et de préparer les luttes à venir. Seule la mobilisation du monde du travail permettra de résister à la menace fasciste, et d’ouvrir une perspective de transformation sociale.