Publié le Dimanche 26 avril 2026 à 12h19.

Le 1er mai, une journée politique

Jusqu’à aujourd’hui, aucun gouvernement n’avait remis en cause le caractère chômé de cette journée, pas même le gouvernement de Pétain qui avait pourtant transformé la « journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs » en « fête du Travail et de la Concorde sociale ».

En 1945, même si la CGT appelle à « 1er Mai de la renaissance française » avec un cortège de chars — une sorte de carnaval —, son caractère politique s’affirme, avec plusieurs dizaines de milliers de manifestantEs derrière les directions du PCF et de la CGT, du Parti socialiste, les représentants du Comité national de la Résistance, les délégations de l’Humanité, du Populaire, du Peuple et des journaux syndicalistes. Derrière eux venaient des rescapéEs de Buchenwald, de Ravensbruck, d’Auschwitz, avec l’un d’entre elles et eux revêtu d’une vareuse rayée à leur tête. La présence massive de travailleurEs immigréEs témoigne des combats contre le colonialisme français.

Un grave recul

La plus grave attaque a lieu en 1953. Lors du défilé parisien du 14 Juillet, organisé par le PCF et la CGT pour célébrer « les valeurs de la République », entre 10 000 et 15 000 personnes défilent, dont la moitié au sein d’un important cortège algérien de 6 000 à 8 000 personnes, mené par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), avec costumes et drapeaux. Le défilé tourne au drame lorsque les derniers manifestantEs rejoignent la place de la Nation, où la police tire sur le cortège, tuant 6 jeunes ouvriers algériens et un métallurgiste de la CGT, et faisant des dizaines de blesséEs.

À la suite de ce massacre, la France coloniale, puis celle du coup d’État de De Gaulle de 1958, interdit les manifestations du 1er Mai et du 14 Juillet... jusqu’au défilé du 1er Mai 1968.

Le retour en 1968

La reprise des manifestations après 1968 va renouveler leur caractère politique avec des cortèges parisiens pouvant regrouper plus de 100 000 manifestantEs. L’ostracisation de l’extrême gauche par le PCF et la CGT, allant jusqu’à la dénonciation des « gauchistes-Marcellin », entraîne l’organisation de deux manifestations distinctes. Défilent également d’impressionnants cortèges de travailleurEs immigréEs, internationalistes (espagnols, basques, irlandais, chiliens, kurdes…), des cortèges féministes et des soldats masqués en uniforme.

Progressivement, dans les années 1990 à 2000, les cortèges vont se rétrécir, jusqu’au coup de tonnerre du premier tour de l’élection présidentielle du 21 avril 2002. 

Le 1er Mai 1995, en marge du rassemblement du Front national en l’honneur de Jeanne d’Arc, trois skinheads descendent sur le quai de Seine et poussent Brahim Bouarram dans la Seine, où il se noie. Depuis, chaque 1er Mai est aussi l’occasion d’un rassemblement-­hommage.

En 2002, la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour va mettre plus d’un million de manifestantEs dans les rues de Paris le 1er Mai, et des centaines de milliers en région.

Un renouveau à consolider

Après des années de faibles rassemblements, malgré la colère contre la loi travail en 2016 et malgré la présence de Le Pen au second tour en 2017, à partir de 2018 les cortèges vont de nouveau dépasser les 100 000 manifestantEs, en dépit de la « pause Covid » de 2019. Ils retrouveront les sommets entre 2022 et 2025, dans le cadre des mobilisations contre les réformes du Code du travail, de l’assurance chômage et/ou des retraites.

Plus que jamais, le 1er Mai doit être, en France et dans le monde, une journée de lutte sociale, féministe, écologiste, antiraciste, antifasciste, antiguerre et anti-impérialiste.

Robert Pelletier