La surpopulation carcérale atteint de nouveaux sommets en France, marqués par l’explosion du nombre de matelas au sol et l’augmentation continue des personnes détenues. Des chiffres qui témoignent de l’échec des politiques pénales répressives et relancent le débat sur la régulation des incarcérations.
Les Statistiques mensuelles de la population détenue et écrouée, publiées chaque mois sur le site du ministère de la Justice, donnent des indications précises sur le nombre de personnes écrouées en France, détenues ou non détenues, mais aussi sur le nombre de places opérationnelles, ainsi que sur le nombre de matelas au sol. La statistique comprend également un renvoi aux chiffres de l’année précédente à la même date.
Toujours plus haut, toujours plus vite !
L’on peut ainsi mesurer l’ampleur du problème ! De décembre 2024 à décembre 2025, le nombre de matelas au sol a progressé de 51,5 % ! Cela sonne comme un échec dramatique de la politique pénale et carcérale de ce pays, déjà condamné à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme. Le très récent rapport du Comité pour la prévention de la torture (CPT) est accablant, et met en garde contre leur évolution en « entrepôts humains » !
Le nombre de personnes détenues passe, quant à lui, de 80 792 à 86 229, soit une augmentation de 6,7 %, pendant que le nombre de places opérationnelles progresse de 1,9 % avec plus 1 209 places. Le nombre d’écrouéEs non détenuEs bondit encore plus, passant de 16 580 à 18 151, soit une augmentation de 9,5 %. Cela signifie que la justice française condamne toujours de plus en plus, et que l’augmentation de plus en plus forte des incarcérations sans détention — dites peines alternatives — ne parvient pas à endiguer le phénomène de surpopulation carcérale.
Sur le même site, un autre tableau renseigne l’évolution des chiffres mois par mois, en augmentation très régulière. La courbe qui en résulte signale une accélération de l’augmentation ces dernières années, après l’épisode du COVID. Un creux apparaît au cours de l’été, avec une baisse de 1 % au 1er août. Effet mécanique des vacances judiciaires (une telle baisse s’est produite l’année précédente, mais moins importante) ou effet réel de la volonté estivale du ministère d’éviter l’explosion que tout le monde attendait des prisons françaises ?
Et la régulation ?
Toujours est-il que les déclarations récentes de Darmanin, qui annonce (encore !) la construction de 3 500 places modulaires (des algécos !), l’éradication des matelas au sol dans un délai de 18 mois, la mise en place de seuils d’occupation, notamment pour les maisons d’arrêt, ne pèseront sans doute pas lourd face à ses annonces simultanées, par lesquelles il brandit ses exigences de fermeté et d’effectivité de la réponse pénale, de réduction des sursis. Et bien sûr il oppose une fin de non-recevoir à la revendication d’un dispositif de régulation des incarcérations. La loi de régulation — déjà proposée en son temps par Elsa Faucillon, du PCF — pourrait faire son retour, à l’initiative d’un député macroniste, Florent Boudié. Celui-ci a reçu D. Simonot du CGLPL, venue défendre cette perspective le 2 juillet. Les déclarations de Darmanin, à qui F. Boudié a présenté son projet, sonnent comme un contre-feu, sans doute à vocation très électoraliste (on vote en mars !). Pourtant, la crise du COVID a montré qu’une libération massive de détenuEs, couplée à un infléchissement de la politique pénale du tout enfermement, pouvait, sur un temps très court, apporter des solutions partielles à ce scandale d’État chaque mois répété !
Anna Ralebolle