Publié le Vendredi 20 février 2026 à 14h00.

Un enseignant convoqué pour un drapeau palestinien

Un enseignant a été convoqué par le rectorat pour avoir affiché un drapeau palestinien et diffusé un texte humanitaire. Cette procédure est révélatrice d’une offensive plus large. Il faut défendre la solidarité internationaliste face aux intimidations.

Un enseignant de Landerneau dans le Finistère, syndiqué à SUD éducation, a été convoqué par le rectorat de l’académie de Rennes lundi 9 février dernier. Son « tort » ? Avoir affiché un petit drapeau palestinien sur son casier en salle des profs et diffusé (sur le panneau syndical !) un texte humanitaire de Médecins du monde. Si l’entretien n’aboutira finalement sur aucune sanction, la convocation et la procédure elles-mêmes constituent un signal politique inquiétant.

Un contrôle de plus en plus pressant

Car cette affaire révèle une tendance de fond, dans l’Éducation nationale, dans l’Enseignement supérieur mais aussi dans bien d’autres secteurs professionnels : une volonté croissante de l’institution et des hiérarchies de contrôler l’expression syndicale et démocratique, des personnels comme des organisations syndicales. En assimilant un geste, somme toute banal, de solidarité internationaliste à une entorse au devoir de neutralité, la hiérarchie tente d’imposer une conception étroite et disciplinaire du service public. Car la neutralité des agentEs publics ne saurait signifier l’indifférence face aux génocides, aux crimes de guerre, ni la mise au silence des travailleurEs lorsqu’iels expriment une position politique ou humanitaire.

Restriction du champ de l’action syndicale

Lors de la convocation, la direction du rectorat a remis en cause la possibilité pour une organisation syndicale et ses adhérentEs de prendre des positions « politiques », « de solidarité internationale » ou qui iraient au-delà des simples revendications des personnels.

Des remises en cause de l’expression syndicale qui se multiplient. En octobre 2023 déjà, la CGT Ferc Sup de l’université de Savoie se voyait interdire une communication syndicale sur la Palestine. Instrumentalisant le « devoir de réserve », le ministère tente simplement de dissuader toute prise de position critique. La solidarité internationale entre travailleurEs ne s’arrête pas aux frontières et est bel et bien vieille comme le syndicalisme. De Gaza à l’Ukraine, du Venezuela à l’Iran, de Cuba à l’Argentine, les organisations syndicales comme les personnels ont le droit d’exprimer leur solidarité avec des travailleurEs, de l’éducation ou non, victimes de génocide, de guerre, de répression, d’agression ­impérialiste ou de l’extrême droite au pouvoir.

Silenciation du génocide en Palestine

Cette situation s’inscrit dans le climat plus large de répression accrue des mobilisations mais aussi de tentative de normaliser la silenciation du génocide en Palestine. Le moindre accroc dans cette volonté politique est donc très rapidement réprimé. Vouloir bannir des espaces de travail comme de la société toute expression critique, c’est défendre l’ordre établi.

Face à la répression, la réponse doit être la mobilisation. Les rassemblements devant le lycée de notre collègue et devant le rectorat ont démontré que les personnels refusent de fermer les yeux devant les massacres de Gaza et le génocide du peuple palestinien et défendront la possibilité même de lutter.

Ian Stemmelen