Le gouvernement israélien accélère son projet d’annexion de fait de l’essentiel de la Cisjordanie. Les discours en ce sens de l’extrême droite sont aujourd’hui accompagnés de mesures réglementaires et d’une politique d’expansion brutale.
L’agression militaire organisée par Israël contre l’Iran a permis de faire passer Gaza et la Cisjordanie au second plan. Israël en a profité pour imposer à nouveau un bouclage total de Gaza sous prétexte d’état d’urgence. Les PalestinienNEs se retrouvent encore une fois victimes d’une guerre déclenchée par Israël dans un autre pays.
Avant même le déclenchement de cette guerre, le gouvernement israélien, et en particulier le ministre d’extrême droite Smotrich, avaient annoncé plusieurs plans visant à organiser une annexion de fait de la Cisjordanie afin d’« enterrer définitivement l’idée d’un État palestinien ».
Annexer oui, mais comment ?
Israël occupe de fait la Cisjordanie depuis 1967. Comme toute colonie de peuplement, sa logique a toujours été de déplacer les populations palestiniennes pour y installer de nouveaux colons. Les accords d’Oslo ont contribué à « légaliser » cette annexion en instituant différentes zones d’occupation (A, B, C), ouvrant la voie à un règlement progressif du « problème » que représente, du point de vue israélien, la présence des populations palestiniennes.
En réalité, Israël ne souhaite pas une annexion totale de la Cisjordanie, dont le coût est estimé entre 15 et 20 milliards de dollars par an. Une telle option mobiliserait l’ensemble de l’armée actuelle pour assurer la protection et la surveillance — les PalestinienNEs étant maintenuEs dans un statut de non-citoyenNEs.
Reste alors l’option alternative — annexer les zones léguées par les accords d’Oslo, notamment la zone C (50 % du territoire), mais aussi la zone B, toujours sous contrôle palestinien sur le plan administratif. Héritée du plan Allon et en partie inspirée des politiques de Bantoustan en Afrique du Sud, cette annexion des zones B et C créerait 169 « îlots » palestiniens isolés les uns des autres et nécessiterait la construction de 169 nouvelles barrières de sécurité.
Le coût de cette option est estimé à 7,5 milliards de dollars, auxquels s’ajouterait 1,5 milliard par an de dépenses de sécurité. Dans un contexte d’apartheid, une telle annexion exigerait la mobilisation d’environ 25 000 soldats chargés de patrouiller et de surveiller ces nouvelles barrières. Malgré tout le savoir-faire israélien en matière de contrôle sécuritaire, il s’agirait sans doute des frontières les plus indéfendables de l’histoire.
Une politique expansionniste
Pour l’instant, seule l’extrême droite assume ouvertement ce projet d’annexion. Mais, depuis quelques semaines, plusieurs mesures en confirment l’orientation : la levée d’une interdiction vieille de plusieurs décennies concernant la vente directe de terres en Cisjordanie à des JuifVEs, ainsi qu’une remise en cause de la loi jordanienne — toujours en vigueur — encadrant la propriété foncière, au profit d’un transfert de facto des terres vers l’État d’Israël.
Cette orientation se traduit concrètement sur le terrain : 2025 marque la plus forte expansion coloniale depuis le début du suivi. Un record est atteint avec 86 nouvelles colonies — principalement des avant-postes, ce qui a fortement alimenté la recrudescence des violences des colons, menées avec le soutien de l’État, ainsi que le transfert forcé de communautés palestiniennes. Le nombre d’agressions a explosé : 852 en 2022, 1 291 en 2023, 1 449 en 2024 et 1 828 en 2025, soit cinq par jour.
Environ 465 000 colons israéliens vivent désormais en Cisjordanie occupée, répartis dans 300 colonies et avant-postes. L’année 2025 constitue également un record de déplacements sur les deux dernières décennies, avec plus de 30 000 personnes déplacées — principalement dans les camps de réfugiéEs de Jénine et de Tulkarem — sans possibilité de retour.
Avec l’avancement du projet de corridor E1, qui relie Jérusalem à la frontière jordanienne, l’espace palestinien serait de fait coupé en deux avec impossibilité de se déplacer du nord au sud.
Plus vraiment besoin de preuves supplémentaires que la colonisation de peuplement est toujours en cours et que la perspective d’un État palestinien au milieu des confettis laissés est une farce sordide. Pour permettre la justice, il faut au contraire décoloniser et défendre un seul État palestinien de la mer au Jourdain.
Édouard Soulier