Publié le Vendredi 4 avril 2025 à 12h00.

Michelin: Fin de partie ou rebond en vue ?

Au début du mois de mars, à la fin des « négociations » avec les syndicats, le groupe Michelin a dévoilé ce qu’il voulait bien concéder aux salariéEs des usines de Cholet et Vannes : en brut, 40 000 euros d’indemnités de licenciement, 1 250 euros par année d’ancienneté et deux à six mois de salaire selon l’âge.

 

Cest très loin des revendications syndicales, et voisin, compte tenu de l’inflation, de ce que le groupe avait accordé en 2020 lors de la fermeture de l’usine de La Roche-sur-Yon. Et ce, alors que le groupe a engrangé deux milliards de bénéfices nets en 2024… Clairement, celui-ci ne veut pas trop donner en prévision des plans antisociaux à venir dans ses autres usines (150 suppressions de postes déjà sur les rails à Troyes !) Du côté des salariéEs, si un huitième pourrait être muté ailleurs, un autre huitième « accompagné » vers la retraite, les trois quarts (900 personnes) vont être jetés dehors d’ici quelques mois, dans deux villes de taille moyenne où le « marché » du travail est des plus limité.

Résistance locale, défection syndicale

La résistance ouvrière n’a pourtant pas démérité, notamment à Cholet. Le campement autogéré devant l’usine, les trois grandes manifestations de novembre, décembre et janvier, les cars affrétés pour aller à Clermont-Ferrand, les grèves, débrayages et blocages partiels ont permis d’agréger des centaines de salariéEs autour du comité de lutte et de la CGT. Mais leur isolement a lourdement pesé localement à cause des poids morts qu’ont été la CFDT et la CGC, et au niveau des autres usines du groupe par l’insuffisance de la mobilisation qui aurait été nécessaire pour faire reculer la direction. Au lieu du refus initial de la fermeture des usines, beaucoup de salariéEs se sont alors raccrochéEs à l’espoir de primes plus importantes. Aujourd’hui, la lutte continue mais elle est revenue sur le terrain. Elle se joue dans les ateliers où la direction met la pression pour produire, alors que les travailleurEs savent toutes et tous à quelle sauce iels vont être mangéEs et que la fin se rapproche. 

Droit de retrait, droits arrachés

Avant même la fin des négociations, quand il est apparu que les primes espérées ne seraient pas au rendez-vous, tous les syndicats, la CGT en tête, ont lancé une procédure de Danger grave et imminent au travail (DGI). Pendant 2 semaines, presque tout le monde a usé de son droit de retrait pour ne pas faire tourner l’usine. Fin février et début mars, il y eut des AG deux fois par jour suivies à chaque fois par une centaine de personnes. Ces AG interpellaient la direction, exigeant des réponses sur les revendications : primes, conditions de travail, avenir de l’atelier Z (dont la fermeture ne devrait advenir qu’en 2026 si elle n’est pas avancée), aménagement des horaires de travail. DGI et mobilisation ont permis d’arracher un troisième jour d’absence indemnisé, la fin de l’embauche à 5 h du matin (passée à 7 h) et « l’arrêt des pressions » sur la production. Dans les ateliers, les salariéEs ont obtenu des horaires de travail plus souples. Les ouvrierEs travaillent désormais 6 h par jour payées 8 h (sans perte de salaire). De nouvelles mobilisations de la frange la plus combative, voire au-delà, ne sont pas à exclure.

La gauche immobile

Du côté politique, le bilan devra être tiré. Après l’annonce des fermetures de Cholet et Vannes en novembre, on avait eu droit à de grandes envolées outragées des politiciens bourgeois et même du gouvernement contre le méchant Michelin. Un silence complice s’est ensuite rapidement imposé. Dès le mois de décembre, ils avaient déserté (jusqu’au PS...). Quant à la gauche proprement dite, elle n’a pas su — ou pas pu — développer les arguments et le programme qui auraient pu contrecarrer le discours patronal, par exemple autour d’objectifs de reconversion de la production avec maintien de l’emploi. Surtout, elle n’a pas encore su — ou pas encore pu — construire le mouvement de solidarité nécessaire. Or, face à la vague de licenciements qui menace dans tout le territoire, il y a urgence à se coordonner. L’expérience de la lutte des Michelin — qui dure ! — peut à cet égard beaucoup nous apporter.

Correspondants Angers et Cholet