Publié le Dimanche 26 avril 2026 à 12h14.

Aux origines du 1er Mai

Le 1er Mai s’est transformé en jour chômé, férié, parce que les classes possédantes ont voulu lui enlever son caractère subversif. Il faut revenir aux vraies origines du 1er Mai.

Au départ, la revendication des 8 heures de travail et celle de la grève générale se rejoignent et deviennent explosives. Au 19e siècle, pendant la révolution industrielle, on travaille entre 12 et 17 heures par jour. La journée de 10 heures est obtenue en Angleterre en 1847, puis en France après la révolution de 1848, sans être toujours appliquée.

Les pendus de Chicago

Aux États-Unis, les ouvrierEs luttent pour la journée de 8 heures dès 1854. Lors de son congrès de 1884 à Chicago, la Federation of Organized Trades and Labor Unions annonce qu’à partir du 1er Mai 1886, la journée légale de travail de 8 heures sera instaurée. Mais elle ne sera pas appliquée. 

Des centaines de milliers de travailleurEs se mobilisent alors dans tout le pays. À Chicago, grèves et manifestations sont particulièrement puissantes, et la répression est brutale. Le 3 mai, lors d’un meeting organisé par les anarchistes à Haymarket Square, une bombe est lancée contre la police, sans doute à la suite d’une provocation. Un procès truqué conduit à l’inculpation de huit militants sans preuve, et cinq d’entre eux sont pendus le 11 novembre 1887. Ils seront ensuite innocentés et deviendront des martyrs de la cause ouvrière.

Le 1er Mai devient international

Durant les années 1880, un puissant mouvement syndical et socialiste renaît. La lutte pour les 8 heures reprend dans plusieurs pays et s’impose l’idée d’une journée commune à la même date. La 2e Internationale, réunie à Paris en juillet 1889, décide que ce sera le 1er Mai, s’alignant sur la décision, prise l’année précédente par l’American Federation of Labor, d’organiser une grande ­manifestation ouvrière ce jour-là, en ­hommage aux pendus de Chicago.

Les ouvrierEs face à la bourgeoisie

La journée de 8 heures devient un symbole d’émancipation pour la classe ouvrière. Le triangle orange, aux trois côtés égaux, en est l’emblème : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Le patronat et l’État combattent alors toute tentative de grève générale.

En 1891, a lieu le drame de Fourmies, petite cité ouvrière du Nord. Lors d’affrontements entre grévistes et non-grévistes, la troupe appelée par le préfet charge : 80 blesséEs, 10 morts.

En 1906, sur la façade de la Bourse du Travail à Paris, une large banderole annonçait : « À partir du 1er Mai 1906, les ­travailleurEs ne feront plus que 8 heures ». Les syndicalistes révolutionnaires de l’époque voyaient la grève générale comme le levier pour la révolution. La bourgeoisie s’affola. Clémenceau, ministre de l’Intérieur, fit déployer à travers Paris plus de 50 000 soldats. Au jour J, les affrontements se multiplièrent.

En 1919, Clémenceau, alors chef du gouvernement, dut faire face au 1er Mai dans un contexte de fortes mobilisations sociales après la Première Guerre mondiale. Il fit adopter la loi des 8 heures pour éviter la grève générale.

Julie Piedra, Commission nationale formation