Publié le Samedi 26 février 2022 à 20h00.

Les terres cultivables, un enjeu stratégique

Artificialisation

La sonnette d’alarme est tirée depuis des décennies sur l’artificialisation et l’accaparement des terres agricoles. Les grands projets inutiles imposés (citons les data centers, les entrepôts démesurés de la grande distribution et maintenant les centrales photovoltaïques) ansi que le développement des lotissements de maisons individuelles et autres contournements autoroutiers contribuent inexorablement à la diminution de leur surface.

S’ajoute à ce tableau alarmant, le phénomène plus récent d’achat de milliers d’hectares agricoles par de grandes entreprises, à des tarifs inaccessibles aux paysanEs. L’objectif de ces consortiums, enseignes de la grande distribution, leader de l’agroalimentaire ou du secteur cosmétique, est un contrôle de l’activité agricole : une dépossession à grande échelle.

Gestion opaque...

Les SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural), censées redistribuer le foncier agricole en faveur des agriculteurs, au fonctionnement très opaque, ne jouent plus leur rôle depuis longtemps. Faisant suite à un rapport parlementaire de 2018, la loi portant mesures d’urgence pour assurer la régulation de l’accès au foncier agricole, adoptée en décembre 2021, dénoncée comme totalement inefficace par les organisations paysannes et écologistes, n’a pas modifié cette logique.

Résistances !

De nombreuses luttes, dans la dynamique de l’appel « Les soulèvements de la terre », mettent en pratique, par une occupation, la réappropriation collective des terres pour décider de leur devenir : jardins ouvriers au nord de Paris, zones naturelles le long de l’estuaire de la Loire, association Lurzaindia au Pays basque… partout des zones à défendre s’organisent. L’expérience inspirante et efficace de propriété collective et autogérée du Larzac, depuis 50 ans, attire de jeunes générations prêtes à reprendre le flambeau. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement a refusé ce modèle, dont la propriété privée est absente, à Notre-Dame-des-Landes.

Pour la terre comme bien commun

La mise en œuvre des outils de maîtrise publique du prix du foncier, l’imposition d’une transparence et de la démocratie dans sa gestion sont nécessaires mais pour nous insuffisantes : il faut aller vers une gestion collective du foncier traitant la terre comme un bien commun, associant droit d’usage et devoir de prendre soin. Celles et ceux qui la travaillent, les paysanEs, pourraient alors avoir un statut de salariéEs, de membres d’une coopérative ou d’indépendantEs.