En matière d’affaires extérieures, la politique des USA sous Donald Trump version 2025 semble idéologiquement plus cohérente que sous le premier mandat de 2017 à 2021.
À l’époque, au moins deux lignes opposées étaient présentes au sein de l’administration : l’une décrite comme plus « isolationniste », opposée aux interventions extérieures au nom de l’idée qu’il fallait d’abord poursuivre les intérêts nationaux à l’intérieur des frontières, et l’autre très « interventionniste » alors incarnée par le conseiller John Bolton. Ce dernier, opposé à l’idéologue Steve Bannon, finit par démissionner en septembre 2019, à mi-mandat.
En Ukraine, intérêt américain et force brute
Aujourd’hui, les choses sont plus claires. La ligne du pouvoir Trump, mieux préparé et plus homogène que celui arrivé aux affaires en 2017, est relativement nette. L’usage de la force militaire par les USA, à l’extérieur de leurs frontières, n’est pas exclu mais il doit obéir à une définition relativement étroite de « l’intérêt américain », au sens où il doit plus ou moins immédiatement rendre des comptes.
C’est d’ailleurs l’expérience vécue. Sous les yeux de l’opinion publique internationale, le président ukrainien s’est fait tordre le bras puis insulter lors de sa visite à la Maison Blanche, le 28 février 2025. L’objectif de Trump : le forcer à signer un accord mettant les richesses minérales du sous-sol ukrainien — surtout celles des « terres rares » — à la disposition des États-Unis.
Un autre, avant Trump, aurait sans doute poursuivi un tel but économique dans les coulisses diplomatiques, au milieu d’objectifs de politique internationale, dont la stabilité globale d’un ordre dominé par les Occidentaux. Sous Trump, c’est la force brute qui parle. Et l’Ukraine sera probablement sacrifiée à terme à l’appétit du pouvoir russe, à condition qu’un terrain d’entente entre les puissants de Washington D.C. et de Moscou soit trouvé. Aucune justification politique et idéologique un peu sophistiquée, au nom des droits humains, de la démocratie ou de la paix internationale, n’est ici recherchée. Fin mars, l’administration Trump a présenté une seconde version du projet d’« accord » au président Zelensky, le président des USA le mettant en garde contre tout refus et lui annonçant de « gros problèmes ».
Du Danemark au Panama, ni démocratie ni soft power
C’en est donc officiellement fini des interventions extérieures censées servir à répandre la démocratie contre les dictatures, etc. C’en est donc aussi fini de la stratégie du soft power (de la prise d’influence en gagnant la sympathie de l’opinion publique) à travers des organismes de coopération internationale tels qu’USAid. Si la palette des programmes soutenus par cette organisation dite d’aide au développement pouvait comporter des activités sociales positives et d’autres beaucoup plus discutables, il est certain que l’arrêt brutal et unilatéral de ceux-ci, notamment les coupures radicales dans les projets de santé, met en danger immédiat des millions de vies humaines.
En revanche, la projection ou l’expansion au-delà des frontières des USA n’est pas interdite. De manière pour le moment plus ou moins symbolique, la volonté affichée d’accaparer le Groenland — lequel évolue vers une indépendance du Danemark — l’annonce. De même, avec les gesticulations vis-à-vis du Canada imaginé par Trump comme « 51e État des USA », dont l’annexion militaire semble toutefois exclue pour des raisons géographiques. Mais aussi au Panama, où une intervention militaire a déjà eu lieu en 1989, où l’administration nord-américaine voudrait écarter l’influence économique de la Chine autour du Canal.
Le sort des migrantEs
Un pilier essentiel de la politique globale du pouvoir Trump est bien évidemment les attaques contre l’immigration, avec la fermeture militaire de la frontière avec le Mexique et une politique d’éloignements du territoire massifs.
À ce propos, les USA coopèrent aussi avec plusieurs pays qui acceptent de jouer un rôle auxiliaire, dont le Salvador sous la présidence autoritaire de Nayib Bukele. Ce pays d’Amérique centrale a accepté de recevoir, dans une prison aux allures concentrationnaires appelée « centre de confinement du terrorisme », des immigréEs renvoyéEs du sol nord-américain, notamment vénézuélienNEs. Ces derniers sont déclarés suspects d’appartenir au gang criminel Tren de Aragua. Initialement syndicat de cheminots au Venezuela, il est devenu un groupe mafieux dangereux, prospérant sur la fermeture des frontières en monnayant des services d’aide au passage. Aujourd’hui, une prétendue appartenance à cette bande est censée servir de justification générale aux politiques d’expulsion massive depuis le sol des États-Unis. De nombreux Latino-américains concernéEs, expulséEs sous ce prétexte ne semblent toutefois avoir aucun lien avec ce groupe.
La politique de déportation est fondée sur un non-respect manifeste des décisions de justice par l’exécutif nord-américain. Le 15 mars, un avion a décollé vers le Salvador alors que le juge fédéral James Boasberg avait ordonné la suspension de la mesure d’expulsion des 238 personnes à bord. Le 26 mars, une Cour fédérale d’appel est venue conforter cette décision, interdisant notamment à l’administration Trump d’utiliser une loi de 1798 — adoptée dans un contexte de guerre contre les « ennemis étrangers » — contre des VénézuélienEs. Le pouvoir a désormais saisi la Cour suprême…