Publié le Mercredi 7 janvier 2026 à 13h19.

Une offensive politique contre les libertés et le mouvement de solidarité

La loi Yadan s’inscrit dans une offensive politique plus large contre les libertés publiques et contre le mouvement de solidarité avec la Palestine.

Cette proposition de loi ne s’attaque pas aux causes structurelles de l’antisémitisme ni aux réseaux d’extrême droite qui le diffusent. Elle opère au contraire une instrumentalisation et un dévoiement de cette lutte pour cibler un camp politique précis : celui de la solidarité internationale, de l’antiracisme politique et du soutien aux droits du peuple palestinien.

Une loi inscrite dans la théorie du « nouvel antisémitisme »

Cette proposition de loi s’inscrit pleinement dans la lecture raciste dite du « nouvel antisémitisme », qui opère un glissement idéologique majeur : l’antisémitisme n’y est plus défini comme un racisme visant des personnes ou des groupes juifs, mais comme une hostilité politique à l’égard de l’État d’Israël. En affirmant que l’antisémitisme contemporain se manifesterait notamment par des « attaques contre l’État d’Israël lorsqu’il est perçu comme une collectivité juive » ou par des comparaisons entre la politique israélienne et le nazisme, le texte reprend les expressions centrales de cette théorie sans les nommer. 

Une assignation identitaire dangereuse

Ce cadrage repose sur une confusion volontaire entre JuifVEs et État d’Israël, qui essentialise les JuifVEs, criminalise les critiques, et transforme des prises de position politiques en actes racistes. Loin de combattre l’antisémitisme, cette lecture contribue à l’alimenter, tout en servant de justification idéologique à la répression de la solidarité avec la Palestine et à la disqualification des luttes anticoloniales. En reliant étroitement critique d’Israël à de l’anti­sémitisme, la loi procède en effet à une assignation identitaire des JuifVEs à l’État israélien. Cette logique est non seulement fausse, mais dangereuse : elle expose les JuifVEs critiques du sionisme, invisibilise leur diversité politique, et nourrit les confusions qu’elle prétend combattre.

Un tournant autoritaire

La loi Yadan s’inscrit dans une séquence plus large de durcissement autoritaire : dissolutions d’organisations, poursuites judiciaires contre des militantEs, interdictions de manifestations, pressions sur les universités. La programmation des auditions parlementaires, largement dominées par des organisations pro-israéliennes et sécuritaires, illustre clairement l’orientation politique du texte.

Il n’y a pas d’opposition entre la lutte contre l’antisémitisme et la défense de la liberté d’expression. Bien au contraire : c’est en refusant les amalgames, en combattant toutes les formes de racisme et en défendant le droit de mettre en cause les États coloniaux que l’on renforce un antiracisme cohérent et émancipateur.

Agir pour que cette loi ne passe pas

De nombreuses initiatives visent à interpeller les députéEs pour qu’iels ne votent pas cette loi. Portée par Urgence Palestine, une plateforme permet à chacunE de leur écrire pour les alerter : bit.ly/loiyadan.

Le texte sera examiné en séance plénière à l’Assemblée nationale le 19 janvier. Mais le 12 janvier constitue un moment institutionnel décisif, puisqu’il est étudié en Commission des lois, là où se joue l’essentiel de son contenu avant l’arrivée en séance publique. C’est à ce stade que peuvent être entérinées, amendées ou retirées les dispositions les plus liberticides. Le Collectif national pour une paix juste et durable entre PalestinienNEs et IsraélienNEs appelle à un rassemblement à 13 heures devant l’Assemblée nationale afin de porter des exigences démocratiques et anti­coloniales.

NLDR : après la publication de cet article, l'examen de la loi et la réunion de la Commission des lois ont été repoussés d'une semaine, le rassemblement programmé également.