En s’appuyant sur un faux grossier, le gouvernement français s’attaque à l’une des rares voix internationales en faveur du peuple palestinien : Francesca Albanese.
Depuis des mois, les services du ministère des Affaires étrangères « condamnent », « dénoncent » avec « la plus grande fermeté » les exactions de l’État israélien sans jamais que ces « communiqués » ne soient suivis d’effets. Mais la semaine dernière, Barrot et la France ont trouvé du courage pour dénoncer la rapporteuse onusienne pour les territoires occupés, Francesca Albanese.
Obtenir la démission d’Albanese sur la base d’une fake news
Reprenant une manipulation grossière, Jean-Noël Barrot a indiqué que « Mme Francesca Albanese s’avance et se présente comme une experte indépendante des Nations unies. Elle n’est ni experte ni indépendante : c’est une militante politique qui agite des discours de haine qui desservent la cause du peuple palestinien, qu’elle entend pourtant défendre, et des Nations unies ».
On se passera de ses conseils pour la cause palestinienne. Mais il a indiqué demander à la prochaine assemblée de l’ONU cette semaine la démission d’une des seules voix internationales en faveur du peuple palestinien. Comme elle l’explique elle-même : « Trois gouvernements européens m’accusent — sur la base de déclarations que je n’ai jamais faites — avec une virulence et une conviction qu’ils n’ont JAMAIS utilisées contre ceux qui ont massacré plus de 20 000 enfants en 858 jours. »
Faire taire une voix qui dérange
Dans le cadre de son mandat, Albanese a publié trois rapports depuis octobre 2023 qualifiant la guerre d’Israël contre Gaza de génocide et dénonçant les États qui ont soutenu Israël. Dans les conclusions de son dernier rapport intitulé Le génocide de Gaza : un crime collectif, elle accuse 63 États d’avoir permis à Israël de bafouer le droit international, et affirme que, malgré les preuves accablantes de génocide et de crimes de masse à Gaza et en Cisjordanie occupée, les États les plus puissants d’Europe, notamment l’Italie, l’Allemagne et la France, continuent d’être des soutiens diplomatiques, militaires et politiques à Israël. En juillet, l’administration Trump lui a interdit de se rendre aux États-Unis et a gelé ses avoirs aux États-Unis en raison de son travail d’enquête sur le génocide à Gaza.
Le génocide et la colonisation continuent
Albanese est une cible et mérite tout notre soutien, d’autant plus au moment où le génocide continue en basse intensité à Gaza et que la colonisation se fait plus pressante en Cisjordanie.
En effet, le gouvernement israélien vient d’accepter une nouvelle mesure qui devrait officialiser le contrôle israélien sur de vastes zones de territoire palestinien, dont une grande partie n’a pas été enregistrée depuis l’occupation de la Cisjordanie par Israël en 1967. En 1968, Israël a suspendu le processus d’enregistrement foncier commencé par la Jordanie, empêchant ainsi les PalestinienNEs d’enregistrer officiellement la propriété de leurs biens. Il s’agit ici de légaliser la confiscation des terres non enregistrées, dites abandonnées, en les reclassant comme « terres d’État ». On attend le énième communiqué de Barrot à ce sujet.
La France accompagne la politique d’Israël. Elle condamne verbalement mais ne fait rien. Et quand elle agit, c’est au détriment des PalestinienNEs : suspension des évacuations des universitaires de Gaza, poursuite et répression des militants en soutien à la Palestine en France, instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme via la proposition de loi Yadan. Le gouvernement Macron en profite pour cibler ses ennemis politiques de gauche en laissant tranquilles les progénocidaires.
Il y a bien, malgré les déclarations et les communiqués faisant semblant de s’apitoyer sur le sort des PalestinienNEs, une volonté de soutenir la politique d’Israël.
Édouard Soulier