Publié le Samedi 21 février 2026 à 17h00.

Palestine 36, d’Annemarie Jacir

Film palestinien, 2025, 1 h 59, actuellement en salle.

Palestine 36 retrace une révolte palestinienne trop peu connue contre la domination coloniale britannique, qui montre que l’histoire des révoltes palestiniennes ne commence pas avec la Nakba.

Ce film suit le parcours de Yusuf, qui quitte son village natal d’Al Basma et ses champs pour aller travailler à Jérusalem auprès d’Amir, homme d’affaires représentant une bourgeoisie nationale en développement. Autour de lui gravitent d’autres trajectoires : Rabab, jeune veuve, et sa fille Afra ; Khalid, chef rebelle engagé dans la lutte armée ; Kareem, cordonnier et fils du prêtre local ; ou encore Khuloud, journaliste arabe aux aspirations révolutionnaires, contrainte d’écrire sous pseudonyme masculin. Par l’entrelacement de ces destins, le film donne à voir la résistance multiforme d’un peuple confronté à la domination de l’Empire britannique et au développement du projet colonial sioniste.

Un soulèvement palestinien contre le colonialisme

Les villageoisEs de toute la Palestine mandataire s’unissent pour mener la guérilla, parallèlement à des grèves générales dans les villes. L’objectif ? Briser l’oppression coloniale sur leurs terres et leurs foyers. 

Le film se concentre sur l’impérialisme britannique et ses outils répressifs qui seront repris par Israël : rafles, tortures, exécutions, politique de la terre brûlée, couvre-feux, destruction des maisons, usage de la terreur ou construction de murs de séparation. 

Mais il montre bien comment le colonialisme britannique et le développement du sionisme sont imbriqués. L’installation croissante des JuifVEs fuyant l’antisémitisme d’une Europe de plus en plus fasciste n’est pas simplement une immigration. Elle est insérée dans le projet sioniste dont la nature coloniale est manifeste. Le film s’ouvre sur une livraison d’armes pour les sionistes et sur les difficultés sociales engendrées par la dépossession des palestinienNEs à leur profit. Il montre aussi comment la partition de la Palestine est déjà un projet en cours.

Ce film est également traversé par une analyse de classe. Amir a fondé une association musulmane dont l’activité est contrôlée, puisqu’elle est financée par l’Organisation sioniste. Cette corruption le mènera à accepter de publier un article écrit par cette dernière défendant la partition de la Palestine, alors que Khuloud, son épouse, milite pour l’autodétermination du peuple palestinien. Elle le quittera pour rejoindre la mobilisation contre la colonisation.

Un film tourné malgré le génocide à Gaza

Ce projet de 8 ans a réuni une équipe technique exclusivement palestinienne vivant en Palestine et le film devait être tourné en Palestine occupée, dans un village près de Salfit au nord de Ramallah. Le tournage devait débuter le 14 octobre 2023. Finalement, une partie du film a été tournée en Jordanie quelques semaines plus tard puis en Palestine occupée en novembre 2024, en partie clandestinement.

Palestine 36 est une ode à la résistance du peuple palestinien, une histoire qui mérite d’être largement connue, loin de récits misérabilistes invisibilisant ces récits de luttes. Palestine vivra, Palestine vaincra !

An Gwesped