Gaïa – Actes Sud, 2026, 192 pages, 21 euros.
10 ans après le très beau N’essuie jamais de larmes sans gants sur l’arrivée du VIH/sida en Suède, un nouveau roman de Jonas Gardell est publié en France, bien servi par la traduction de Rémi Cassaigne.
Nous sommes le 29 juillet 1971, et le Club Étoile, à Stockholm, se prépare à ouvrir et à se voir investi par « la plus grande fête de folles » de toute l’histoire de la Suède. Le temps d’une nuit, Kajsa, Bettan, Nana, Jeanette, Francis, Rosa, etc., vont briller de mille feux dans un monde qui ne veut pas d’elles, qui veut les anéantir. Au même moment, Mikael, jeune garçon frêle dans une banlieue lointaine, sent bien qu’il n’est pas comme les autres et se questionne sur le monde.
Le roman entremêle ces deux récits.
Il y a d’abord les souvenirs des folles, des lieux de cruising et du travail du sexe, de leurs agressions, de leurs amours, qui montrent bien le vécu « homosexuel » (il faut comprendre ici « homosexuel » au sens large, avec un continuum des identités qui va des hommes gays aux femmes trans, comme cela se discutait à l’époque) du début des années 1970. Ce sont des moments pleins de drôlerie, tendres, autour de personnages picaresques…
La vie de Mikael, elle, est racontée sous la forme du conte, et ce choix esthétique permet aussi de raconter l’horreur, les agressions et la résilience, sans chercher à nous plomber, ni à nous édifier…
On lit ce roman en souriant, avec les yeux qui piquent quelquefois. Basé sur les souvenirs de vieux homosexuels que Jonas Gardell a interviewés anonymement, comme il le raconte dans les remerciements, ce roman est une célébration, un hommage aux familles choisies, à ceux qui ont vécu et survécu dans les marges, aux pionniers des luttes de libération LGBTI…
Sally Brina