Publié le Vendredi 30 janvier 2026 à 11h00.

Une campagne de solidarité internationale pour soutenir le projet d’industrialisation écologique de l’usine GKN de Florence

Le 14 janvier 2026, une assemblée générale internationale a rassemblé plus de 50 militantEs de différents pays européens avec l’objectif de coordonner et renforcer la campagne de solidarité autour du projet d’industrialisation écologique porté par le mouvement de l’ex-GKN.

L’usine d’essieux automobiles de Florence, suite à la fermeture, est devenue le fer de lance du syndicalisme écologiste européen. Dario Salvetti, figure de proue du « Collettivo di fabbrica » (collectif de l’usine), a résumé la longue histoire de la lutte et présenté les axes de la campagne internationale de crowdfunding.

L’occupation et la lutte acharnée des ex-GKN

La GKN de Florence était un fabricant d’essieux automobiles qui employait 400 salariéEs. La fermeture de l’usine en 2021 s’inscrit donc dans le contexte général de la crise de l’industrie automobile en Europe. GKN est par contre l’une des rares à avoir décidé de résister à la fermeture : des centaines d’ouvrierEs ont occupé l’usine et, soutenuEs par un large mouvement populaire, y ont assuré une présence permanente pendant plus de quatre ans. Cela fait maintenant quinze mois qu’iels ne touchent plus aucun salaire et le chômage va bientôt toucher à sa fin. À l’heure actuelle, l’ancien propriétaire de l’usine a une dette de 27 millions d’euros d’arriérés de salaires envers les travailleurEs.

GKN est l’une des rares usines à avoir résisté à la fermeture : des centaines d’ouvrierEs l’ont occupé

Le crowdfunding pour soutenir la coopérative ouvrière GKN For Future

Suite à l’adoption, en 2024, de la loi régionale, on sera sur les consortiums industriels, le gouvernement régional du Parti démocrate (la gauche libérale) était censé prendre possession de l’usine tout en garantissant la gestion reste aux mains de la coopérative ouvrière GKN For Future (GFF), par le collectif de travailleurEs, et qu’iels tiers des décisions soient pris par une assemblée générale du mouvement de réindustrialisation. La campagne d’actionnariat populaire qui, à ce jour, a atteint 1,5 million d’euros, s’inscrit dans cette dynamique de participation collective.

Ne voulant pas opter pour une nationalisation, les travailleurEs ont élaboré l’idée de « l’usine sociale intégrée »

La politique locale a formé un consortium industriel avec des fonds publics qui devrait permettre à la coopérative de mettre enfin en œuvre son dernier projet d’énergie et de mobilité durables avec le recyclage de panneaux solaires et la production de vélos-cargos. Toutefois, au-delà des apparences, rien de concret n’a été fait et de nombreuses personnes ont été contraintes d’abandonner le projet. La réussite de la campagne de crowdfunding est donc cruciale.

De la lutte défensive au plan d’industrialisation écologique

Salvetti explique que le fait d’avoir repoussé le licenciement n’a pas servi à relancer la production, ce qui les a encouragéEs à se tourner vers le mouvement climat et d’autres collectifs de militantEs et sympathisantEs afin de construire leur propre plan d’industrialisation écologique. Des transports publics, le projet s’est progressivement tourné vers un plan détaillé de production de panneaux photovoltaïques et de vélos-cargos. Douze manifestations massives ont été organisées dont la dernière a eu lieu en octobre et s’est terminée à l’occupation de l’aéroport local. À cela s’ajoutent de nombreux événements et assemblées, la participation à quatre documentaires et à d’autres projets territoriaux. Face aux multiples obstacles (faux nouveaux propriétaires, vente immobilière de l’usine, boycott de la classe politique), les travailleurEs ont commencé à prendre en considération l’idée d’une intervention publique. Ne voulant pas opter pour une nationalisation, ces dégradé et l’obstacle de l’extrême droite au pouvoir, iels ont élaboré l’idée de « l’usine sociale intégrée ».

Faire converger lutte syndicale, écologie et mouvement anti-guerre

Cette situation difficile est aggravée par un contexte de moins en moins propice à la conversion « verte ». Il y a seulement deux ans, l’Union européenne prévoyait de tripler la production de panneaux photovoltaïques. Aujourd’hui, les puissances européennes se tournent vers un processus de réarmement en espérant, d’une façon illusoire, d’endiguer la baisse de la production industrielle. « Nous sommes parfaitement conscientEs que le secteur de la guerre n’apportera que de nouvelles dettes et ne concernera que quelques grands groupes industriels qui en tireront profit, sans aucun bénéfice pour la majorité de la population et de la classe ouvrière », déclare Dario Salvetti.

Aujourd’hui, les puissances européennes se tournent vers un processus de réarmement

Selon lui, cela constitue un obstacle majeur à la réussite du plan de conversion : « il est clair que si l’on veut convaincre la classe ouvrière que la solution réside dans la reconversion militaire, on ne peut pas tolérer un exemple comme celui de GKN ». C’est la raison pour laquelle tout a été fait pour freiner le plan d’industrialisation qui pourtant avait déjà réuni plusieurs millions d’euros à travers l’actionnariat populaire, les allocations chômage et la plateforme Yesg. Ce n’est pas un hasard si tous ces soutiens se sont volatilisés. Les capitaux privés et publics passent par le secteur immobilier et le secteur spéculatif et quittent la conversion « verte ».

L’ouvrier ne cache pas l’état d’épuisement et les grosses difficultés auxquelles iels sont confrontéEs depuis presque cinq ans. Mais il n’est pas question d’abandonner la lutte. La lutte des ex-GKN se nourrit des autres mouvements comme celui pour le climat et pour la Palestine. Ce dernier, explique Dario, « a atteint son apogée lorsque les camarades ont participé à la flottille pour tenter de briser le siège de la guerre. Il nous faut une sorte de flottille dans notre économie ». Réussir à briser le siège du patronat pour réaliser un projet collectif d’industrialisation écologique sous contrôle des travailleurEs constituerait un point d’appui important pour le mouvement contre la guerre et contre le capitalisme mondialisé.

Briser le siège du patronat constituerait un point d’appui pour le mouvement contre la guerre et contre le capitalisme

Pour soutenir la lutte de l’ex-GKN, contribuez à populariser la campagne en France et à l’international !

Soutenez la campagne de crowdfunding pour le lancement du plan industriel de la première usine socialement intégrée d’Italie. Versez des dons à l’association Arci sur le site Produzioni dal Basso. Celle-ci jouera le rôle d’actionnaire public majoritaire qui investira ensuite l’argent dans les coopératives et qui organisera une assemblée générale des donateurEs afin de décider de l’utilisation des fonds versés aux coopératives. La plateforme Ener2Crowd permet à toutes les personnes qui ont signé leur déclaration d’intérêt pour la campagne d’actionnariat d’y investir leur argent.

Hélène Marra