Nous reproduisons ci-dessous la déclaration des syndicalistes vénézuélienNEs indépendantEs du Comité National de Conflit - TravailleurEs en lutte, publiée sur le site du RSISL1 le 10 janvier 2026 — une semaine après les bombardements étatsuniens et l’enlèvement de Maduro.
En premier lieu, pour que les choses soient dites clairement, même si ce point est évident pour vous et pour nous : nous condamnons totalement l’intervention militaire étatsunienne.
Avant le 3 janvier, il y avait déjà eu 22 interventions armées des États-Unis envers le Venezuela. Le 3 janvier, aucune des trois forces militaires de l’État vénézuélien (aérienne, terrestre, maritime) n’a réagi. 150 avions US ont survolé la capitale, 15 hélicoptères US s’y sont posés, sans riposte. Cela laisse place à des interrogations… Depuis des années, le gouvernement nous racontait que la Russie nous protégerait en cas d’attaque impérialiste US !
Le constat est que le régime est toujours en place, la répression et les restrictions aux libertés aussi ; cela s’est même renforcé depuis le 3 janvier. Un nouveau décret a été publié, motivé par l’état d’urgence.
Le régime est toujours en place, la répression et les restrictions aux libertés se sont même renforcées
Le président des États-Unis se positionne en gendarme du monde. On sait bien que ce qui l’intéresse au Venezuela, ce n’est pas la démocratie, mais le pétrole ! Il faut comprendre une chose essentielle : même sous Chávez, et bien sûr aussi après Chávez, l’impérialisme US n’a jamais disparu de notre pays, les multinationales ont toujours été présentes au Venezuela. Chevron en est la figure de proue. Lorsque les syndicalistes du secteur pétrolier dénonçaient les cadeaux pétroliers faits à Cuba, à l’Iran, à la Russie ou à la Chine, ils/elles étaient taxéEs de suppôts de l’impérialisme ! Pour être en règle avec la Constitution, dans chaque contrat pétrolier il y a une entreprise vénézuélienne, mais toujours minoritaire, sous la coupe d’une multinationale. Les États russes et chinois ont beaucoup investi au Venezuela. Nous sommes aujourd’hui au centre de la lutte et des accords entre les impérialismes étatsunien, russe et chinois !
Nous sommes aujourd’hui au centre de la lutte entre les impérialismes étatsunien, russe et chinois
Sous couvert d’anti-impérialisme, le groupe dirigeant qui était au gouvernement, et qui l’est toujours, est devenu pro-impérialiste.
L’absence de riposte à l’intervention militaire du 3 janvier, la poursuite du gouvernement via celle qui était vice-présidente, montrent l’accord tacite avec les États-Unis.
C’est sûr que certaines personnes dans le pays espéraient une intervention extérieure de ce type pour que soient rétablies les libertés. Ce n’est pas notre position, ce n’est pas l’intérêt de la classe ouvrière. Comme dit précédemment, ce n’est pas du tout l’objectif de l’intervention US, et ce n’est pas, non plus, ce que veut faire le gouvernement validé par les États-Unis. Par ailleurs, on ne peut pas accepter le principe même d’une intervention militaire impérialiste.
En tant que travailleurs, travailleuses, syndicalistes, quelles sont nos priorités ? On doit continuer la lutte pour la démocratie, pour la libération de toustes les prisonnierEs politiques, pour les droits des travailleurEs, et pour le respect du droit à l’autodétermination des peuples, dont le nôtre.
Il faut donner quelques éléments concrets aux camarades d’autres pays pour qu’ils et elles comprennent bien notre situation, la situation de la classe ouvrière vénézuélienne, dans la suite de ce que nous avons pu déjà exprimer lors de la rencontre du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, en novembre 2025 :
∙ En 2018, il y a eu des mesures austéritaires très fortes, sous le nom de « programme de récupération, croissance et prospérité économique ». Cela s’est traduit par une interdiction des augmentations de salaire, alors que les prix ont été libérés.
∙ Le salaire officiel est de moins d’un dollar par mois ! C’est le coût de deux litres d’essence. Il y a des primes, en général comprises entre 120 et 150 dollars. Il n’y a pas d’augmentation de salaire depuis des années.
∙ Dans le secteur pétrolier, depuis quatre ans la convention collective n’a pas été revue ; c’est une des exigences des multinationales qui est ainsi satisfaite.
∙ On a gagné beaucoup de dossiers juridiques : pour le paiement de salaires non payés, à la suite de licenciements injustifiés, pour exiger des réintégrations, etc. : mais les entreprises publiques ne respectent pas ces décisions et le gouvernement a laissé faire. Depuis le 3 janvier, on a l’impression que des consignes ont été données pour que les décisions mêmes soient contraires aux demandes légitimes des travailleurs et travailleuses.
∙ Rien que dans le secteur du pétrole, il y a 120 travailleurs en prison, sans même aucun acte d’accusation ; la répression antisyndicale, anti-ouvrière est très forte : le décret de situation d’urgence légalise les arrestations extrajudiciaires. Les contrôles, par exemple, sur le contenu des téléphones personnels, se multiplient. L’armée accentue la pression dans les entreprises.
Plus que jamais, notre tâche est d’unifier la classe ouvrière, sur la base de ses revendications et de l’exigence de ses droits.
Plus que jamais, notre tâche est d’unifier la classe ouvrière, sur la base de ses revendications et de l’exigence de ses droits. Si la « grande mobilisation nationale du 15 janvier » est pour le moment suspendue, il y aura toutefois des actions dans les prochains jours, les prochaines semaines. Le soutien du syndicalisme international sera important pour nous.
L’internationalisme est aussi important vis-à-vis des millions de Vénézuéliens et Vénézuéliennes en exil. Les illusions sur l’intervention étatsunienne, « l’aide » des multinationales, doivent être combattues.
Le soutien du syndicalisme international sera important pour nous
La loi prévoit un contrôle ouvrier dans les entreprises, un contrôle populaire des comptes publics. Mais cela n’existe pas. C’est aussi sur ce genre de choses que nous devons mettre l’accent, pour montrer que l’issue à la pauvreté, à la répression, etc., que nous vivons depuis des années, n’est pas dans le capitalisme des multinationales ou les interventions impérialistes.
On doit continuer les discussions avec nos collègues, nos voisins et voisines, faire en sorte que le plus grand nombre partage nos positions : défense des revendications ouvrières, libération des prisonnierEs politiques, respect des libertés, dénonciation des impérialismes !
- 1. Créé à l’initiative de l’Union syndicale Solidaires en France, la CGT de l’Etat espagnol et la CSP-Conlutas du Brésil, le RSISL (Réseau syndical international de solidarité et de luttes) regroupe désormais des dizaines de structures à travers le monde.