Canicules, incendies, mers surchauffées, rivières asphyxiées : le déréglement climatique détruit la biodiversité.
Le Haut Conseil pour le climat (HCC) publie son huitième rapport de l’ère Macron, un document de 420 pages intitulé « Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités ». Un réquisitoire : adaptation insuffisante, financements trop faibles, ralentissement de la baisse des émissions en 2025. Le HCC alerte depuis des années, mais personne ne l’écoute.
Une baisse des émissions en trompe-l’œil
Pendant que le pays suffoque, Macron se félicite d’une baisse des émissions début 2026… due à un hiver doux et à une baisse de l’activité économique. On ne décarbone pas, on désindustrialise.
Pour respecter l’Accord de Paris, la France devrait réduire ses émissions de plus de 4 % par an entre 2026 et 2028. Or, le rythme de la baisse des émissions en France a encore ralenti, passant de 6,8 % en 2023 à 3 % en 2024 et 2,1 % en 2025.
Sur le terrain, ça brûle. Le 9 juillet, la Sécurité civile annonçait plus de 8 000 départs de feu et 25 000 hectares brûlés. Nous ne sommes que début juillet et 2026 se classe déjà au quatrième rang des années les plus dévastatrices depuis 2006.
Le vivant part en fumée bien au-delà des forêts
La biodiversité disparaît en silence : amphibiens déshydratés, corridors écologiques impraticables, effondrement du point chaud de biodiversité méditerranéen. Les effets des incendies sur la biodiversité sont complexes et souvent paradoxaux.
En région méditerranéenne, par exemple, les pelouses et les forêts matures ont reculé depuis les années 1950 et 1960, tandis que le maquis, les forêts de pins ou d’eucalyptus et l’urbanisation se sont développés. La disparition des zones tampons et le mitage du paysage ont considérablement accru son inflammabilité.
L’augmentation du nombre et de l’ampleur des incendies est aussi liée aux paysages méditerranéens plus inflammables qui apparaissent après chaque incendie et préparent le suivant. Il est urgent de restaurer des paysages agricoles et forestiers en mosaïque : forêts matures, pelouses entretenues par le pâturage, cultures, vignes, zones en libre évolution, grâce à une agriculture paysanne intégrant la préservation de la biodiversité. Toute l’économie agricole est à repenser.
La mer aussi s’embrase
Le vivant marin en paie le prix. Au premier semestre 2026, des vagues de chaleur marine ont touché 98 % de la surface de la Méditerranée, qui se réchauffe environ 20 % plus vite que la moyenne mondiale. Ces coups de chaud ont déjà décimé les forêts de gorgones rouges des Calanques : plus de 90 % des colonies ont été touchées, alors que ces habitats abritent 15 à 20 % des espèces méditerranéennes. Posidonies fragilisées, espèces invasives comme le poisson-lion : tout un écosystème bascule sous la surface.
Les rivières étouffent
Une eau plus chaude retient moins d’oxygène. Des poissons meurent par asphyxie. En juin 2026, des milliers de cadavres ont été retrouvés dans la Loire, le Val d’Allier, le marais de Brière ou en Charente-Maritime. Un massacre invisible qui prive aussi les grenouilles et les oiseaux d’eau d’une part de leur subsistance.
La crise du vivant ne se résume pas aux seules flammes. Selon l’IGN, la mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans, passant de 7,4 à 16,7 millions de mètres cubes par an. « Un arbre sur vingt est mort » dans les forêts françaises, résume le coordinateur de l’Observatoire des forêts françaises. Le puits de carbone forestier s’est réduit de 38 % entre les périodes 2005-2013 et 2015-2023.
De plus, selon l’Office français de la biodiversité (OFB), 87 % des zones humides ont disparu depuis le 18e siècle. Les prairies naturelles reculent aussi : 55 271 hectares ont été perdus du fait de l’artificialisation entre 1990 et 2018 et 6,5 millions d’hectares se sont embroussaillés depuis 1970. En montagne, Jonathan Lenoir, chercheur au CNRS, montre que plus de 2 000 espèces des Alpes grimpent en altitude pour fuir la chaleur.
Adaptation et rupture écosocialistes
Le HCC lie le retard de l’action climatique à l’aggravation des inégalités. Le gouvernement « fait des choix » : A69, Fonds vert réduit à 837 millions d’euros, réintroduction de l’acétamipride… Le capitalisme vert n’éteindra pas les incendies, ne sauvera ni les amphibiens des mares à sec, ni la flore de montagne, ni les habitantEs des passoires thermiques. Il faut imposer un plan d’adaptation social, démocratique et public, ainsi qu’une bifurcation écosocialiste !