Face aux canicules, le gouvernement refuse d’imposer de véritables seuils de protection et renvoie les travailleurEs au « bon sens » patronal. Derrière les discours sur l’adaptation individuelle, une même logique : maintenir la production coûte que coûte, au mépris de la santé des salariéEs.
Dans un entretien au journal le Monde du 26 juin, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, ex-patron de la SNCF, résumait l’enjeu pour la bourgeoisie : « On ne va pas arrêter la France à 30 °C. »
« On ne va pas arrêter la France à 30 °C »
Il s’opposait à l’inscription de seuils de température dans le Code du travail et ajoutait : « Si vous fixez 40 °C, ça offrirait la possibilité de travailler jusqu’à ce seuil », alors que les références de prévention de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) sont de 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour un travail physique. La veille, interrogé sur le malaise d’un chauffeur de bus à Paris, il s’étonnait pourtant que le véhicule ait pu circuler par cette chaleur. Sur RTL, il donnait des leçons de bon goût bourgeois sur la coupe des bermudas et l’allure des chemisettes tolérables en entreprise.
Comme pendant l’épidémie de Covid, le gouvernement renvoie les travailleurEs à leur capacité personnelle à supporter la chaleur au boulot, puisqu’il suffirait de « passer en mode canicule » selon sa communication, et en appelle au « bon sens » patronal — comme si les intérêts convergeaient.
Une réglementation qui ne protège pas
Le décret chaleur, en vigueur depuis le 1er juillet 2025, s’avère sans réel effet pour protéger les salariéEs. Il laisse à chaque employeur, individuellement, le soin d’évaluer les risques et de définir — ou pas — les mesures adaptées, sous le contrôle de l’inspection du travail, qui peut mettre en demeure et verbaliser en cas de carence… mais sans conséquence immédiate puisque le délai minimum d’exécution est fixé à huit jours. La portée du dispositif est limitée puisqu’il ne s’applique qu’en cas de vigilance jaune, orange ou rouge, alors que, selon le ministère du Travail, la majorité des accidents liés à la chaleur ont eu lieu hors période d’alerte.
La France a pourtant ratifié en 1972 la convention n° 120 de l’Organisation internationale du travail, qui incite à éditer des normes de température selon l’activité et la nature des travaux. C’est le cas en Belgique, où des seuils collectifs de température (indice WBGT croisant température, humidité et rayonnement solaire) sont fixés selon la charge physique du travail. Les syndicats CGT et SUD de l’inspection du travail revendiquent de leur côté un pouvoir d’arrêter les travaux en cas de danger, procédure qui existe déjà en cas de constat d’un risque de chute de hauteur, quelle que soit l’activité. L’exposition à la chaleur au travail est donc un choix politique et conscient.
Retirer aux capitalistes le pouvoir de décider de nos vies
La canicule pose un problème aux capitalistes : elle éprouve physiquement les corps et donc la force de travail de l’ensemble du prolétariat, dont elle tire la survaleur, et nuit à la production agricole qui permet sa reproduction. Selon une étude de l’assureur-crédit Allianz Trade, la chaleur extrême pourrait coûter 206 milliards d’euros à l’économie française entre 2026 et 2030. La Banque centrale européenne chiffre à 1,5 % la perte de PIB deux ans après une canicule. La bourgeoisie montre cependant son incapacité totale à enrayer la catastrophe qu’elle provoque.
Au-delà des mesures immédiates de protection des travailleurEs, le mouvement ouvrier doit mettre à l’ordre du jour des revendications permettant d’agir sur les causes du dérèglement et revoyant l’organisation de la société de fond en comble, à commencer par une réduction massive du temps de travail couplée à d’autres mesures de justice fiscale et écologique pour éviter les effets rebonds. Retirer aux capitalistes le pouvoir de décider de nos vies est désormais une question de survie.