Le gouvernement a attendu la fin de la séquence municipale pour annoncer ses tristes nouvelles : pour résoudre les problèmes budgétaires, il suffit de diminuer le nombre d’enseignantEs ! La riposte s’organise. L’intersyndicale de l’éducation nationale appelle à une grève le 31 mars. Un premier pas, qui ne doit pas en rester là.
Derrière les discours du ministère sur la « baisse démographique », la réalité est brutale : entre 2 000 et 2 500 classes vont être supprimées dans les écoles primaires à la rentrée 2026. Une saignée massive qui touche l’ensemble du territoire.
Une hécatombe organisée
Avec 1891 suppressions de postes dans le premier degré (selon le FSU-SNUipp), le gouvernement assume un choix clair : adapter l’école aux contraintes budgétaires plutôt qu’aux besoins des élèves. Pourtant, moins de jeunes devrait permettre moins d’élèves par classe, pour que toutes et tous progressent.
Mais pour Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, la baisse démographique doit se traduire directement par des classes en moins. Dans de nombreuses écoles, les classes restent chargées, souvent autour de 28 à 30 élèves, avec une multiplication des niveaux regroupés. Que ce soit dans des centres urbains ou des zones rurales, le constat est le même. Les conditions d’enseignement se dégradent pour les élèves, pour les équipes pédagogiques et pour les familles.
Cette politique accentue les inégalités sociales et territoriales. Là où les besoins sont les plus importants, les moyens diminuent. On comprend que, dans ce système d’école publique fragilisée, une partie de la population se tourne malheureusement vers le privé, lui abreuvé par les aides de l’État, renforçant encore la ségrégation scolaire.
Tous les départements sont touchés
Toutes les académies sont concernées, avec en moyenne une vingtaine de fermetures par département. À Paris, 172 classes doivent fermer pour seulement 20 ouvertures. Dans des départements déjà sous tension comme la Seine-Saint-Denis (93) ou le Val-de-Marne (94), ces suppressions s’ajoutent à des effectifs déjà élevés et à des besoins éducatifs importants, aggravant des conditions d’apprentissage déjà dégradées et rendant le suivi individualisé toujours plus difficile. Mais cette politique ne se limite pas aux grandes métropoles. Dans des territoires ruraux comme le Loir-et-Cher (41), les fermetures prennent une autre forme (regroupement d’écoles sur une seule commune), tout aussi lourde de conséquences.
Les années récentes ont déjà été marquées par des dizaines de suppressions de classes. Chaque absence d’enseignant (maladie, formation…) entraîne son lot d’enfants au fond de la classe d’unE collègue car il n’y a plus d’enseignantEs remplaçantEs. En Haute-Garonne (31), on compte 170 classes non remplacées par jour. De même, lorsqu’unE AESH fait défaut sur une école : personne ne peut accompagner les élèves à besoins particuliers. La tendance se poursuit pour 2026. Une seule fermeture peut déséquilibrer toute une école : une structure passe de quatre à trois classes, les élèves sont redistribués, et l’équilibre pédagogique est fragilisé.
Ne pas laisser faire
Les mobilisations se multiplient : parents et enseignantEs occupent des écoles, les syndicats organisent des rassemblements, interpellent les instances et refusent souvent de siéger dans les commissions départementales (CAS) qui décident des fermetures.
Dans ce contexte, l’appel à la grève du 31 mars constitue une tentative de coordination nationale. L’enjeu est de dépasser les mobilisations éclatées pour construire un véritable rapport de force, qui continue tout au long des mois d’avril et de mai. Au cœur des revendications : l’arrêt des suppressions de postes et des fermetures de classes.
La suppression de plus de 2 000 classes n’a rien d’inéluctable : il faut profiter de la baisse démographique pour repenser en profondeur l’école et ses finalités.
Commission Éducation nationale