Qu’ont donc en commun Vanessa Springora, Michel Houellebecq, Virginie Despentes et Caroline Fourest ? Ce qui commence comme une mauvaise blague n’en est malheureusement pas une : tous quatre viennent, aux côtés de plus de 180 auteurEs, de quitter leur maison d’édition, Grasset.
En effet, le mercredi 15 avril, à quelques jours du Festival du Livre, séisme dans l’édition : on apprend qu’Olivier Nora, patron emblématique des éditions Grasset, vient de se faire limoger sans sommation par Bolloré, propriétaire d’Hachette depuis 2024, après avoir régné sur son concurrent Editis pendant des années. Mais quel méfait a donc commis Nora pour se faire traiter de la sorte après 26 ans de bons et loyaux services ? Tout simplement refuser de publier Boualem Sansal, auteur franco-algérien réactionnaire (c’est un euphémisme), connu pour ses accointances avec notamment Philippe de Villiers.
24 heures chrono
L’un des auteurs de Grasset raconte qu’alors qu’il est lui-même en train de présenter aux commerciaux son nouveau livre à paraître, accompagné de Nora, son éditeur, il voit celui-ci se lever pour prendre un coup de fil. Lorsqu’il revient dans la pièce, la nouvelle est tombée : le voilà purgé d’une maison où, depuis l’an 2000, il avait su s’entourer d’auteurs et d’autrices fidèles, et d’une équipe solide qui louait autant ses qualités d’éditeur que de directeur. Récemment, Olivier Nora s’était tenu vent debout contre le milliardaire et ses sbires, qui voulaient réduire les coûts de la maison en sabrant dans la masse salariale. En outre, il s’était battu aux côtés de ses éditrices pour que voient le jour des textes « de lumière et de résistance » — l’expression vient de l’éditrice Pauline Perrignon —tels que Chères ancêtres, d’Isis Labeau-Caberla.
La Fayardisation en marche
Après son départ, remplacé par Jean-Christophe Thiery, déjà PDG de Louis Hachette Group et ami de Bolloré, la maison, vidée de ses auteurEs, n’est qu’une coquille vide… mais avec une force de frappe qui demeure celle du groupe. Il ne tiendra qu’à Thiery d’amorcer une phase de « Fayardisation » et de remplir le catalogue d’écrivains toujours plus réactionnaires. Cela n’est pas sans rappeler l’histoire sombre de la maison, qui, dans les années 1940, avait purgé son catalogue de tous les titres qui ne plaisaient pas à l’occupant, pour en faire une vitrine du régime fasciste de Vichy.
Une seule solution : la nationalisation !
Alors, après Fayard, Grasset, doit-on redouter que Stock, Lattès, ou encore Le Livre de poche soient les prochains sur la liste ?
Plutôt que de céder à l’anticipation anxieuse, réfléchissons à des solutions qui seraient durables, et qui résoudraient par la même occasion le problème du monopole dans l’édition : après plusieurs échanges avec des confrères et consœurs éditeurEs et auteurEs, nous pensons qu’il est temps d’œuvrer pour une nationalisation des grands groupes d’édition, à commencer par Hachette. Car nos écrits valent plus que leurs profits !
Louise G., autrice et agente littéraire