Publié le Jeudi 20 octobre 2016 à 06h43.

Renault : L’art de faire passer un plan de suppressions d’emplois pour un plan d’embauches...

L’annonce par Renault de 1 000 embauches supplémentaires en 2016 a eu un large écho dans la presse la semaine dernière... 

Elle porterait à 3 000 le nombre d’embauches chez le constructeur français depuis 2013. Mais la plupart des médias, sûrement soucieux de ne pas froisser un gros annonceur potentiel, oublient tout simplement de rappeler que sur cette même période, celle de l’accord de compétitivité signé en 2013, ce sont 10 000 salariéEs qui ont été poussés à la porte : par des « dispenses d’activité » (sorte de préretraite pour les plus âgés), par des incitations aux départs sous formes d’aides financières ou d’aides à la création d’entreprise.

Comment les salariés pourraient-ils se satisfaire de ces embauches alors que c’est 20 % de l’effectif qui a fondu en 4 ans, augmentant leur charge de travail, désorganisation leur travail et accroissant drastiquement la précarité ? Car la production ayant augmenté après la crise de 2008-2009, ce sont plus de 9 000 intérimaires qui s’échinent dans les ateliers de fabrication et environ 5 000 salariéEs d’entreprises prestataires qui effectuent les tâches les plus pénibles dans les centres d’ingénierie.

Un effet d’annonce qui ne change rien à la réalité

Les conditions de travail ou les pressions sur les salariéEs les plus précaires ne vont pas être modifiées par ces effets d’annonce et beaucoup de salariéEs ne sont pas dupes de cette opération de communication. L’approche d’un nouveau plan de compétitivité a sûrement motivé l’officialisation, par voie de presse, d’embauches qui avaient déjà été annoncées et sont en cours de réalisation dans la plupart des sites. Un calendrier qui n’a rien d’innocent quand la direction a besoin de la signature d’au moins quelques syndicats d’ici à la fin de l’année 2016 pour faire subir de nouveaux reculs.

Seuls les médias complaisants peuvent tenter de profiter de cette annonce : pour masquer la réalité de la situation vécue par l’ensemble des salariéEs, qu’ils travaillent chez Renault, dans des boîtes d’intérim ou celles de sous-traitance ; pour faire oublier le petit scandale des émissions polluantes des moteurs Diesel de Renault, dues à des choix techniques guidés par la seule soif de profit et à des moyens toujours plus restreints mis à disposition des salariéEs pour faire correctement leur travail ; Ou encore pour passer sous silence le salaire mirobolant de Carlos Ghosn, plus de 7 millions d’euros par an pour son mi-temps de PDG de Renault, que même certains actionnaires trouvent trop élevé !

Les conditions de travail et les sous-effectifs continuent à s’aggraver. La pression sur les salaires aussi, par le biais notamment de la précarité. Mais, il n’y a aucune fatalité à cela. Si les travailleurs de Renault, qu’ils aient un contrat stable ou précaire, répliquent aux attaques qui se profilent à l’horizon du deuxième accord de compétitivité que Ghosn veut obtenir pour la fin de cette année, tout sera possible. Et rien n’empêchera une lutte à première vue défensive de se transformer en lutte offensive, pour des augmentations uniformes de salaires pour tous les salariéEs, quel que soit leur statut.

Correspondant