Mardi 15 septembre, près de 300 agentEs de l’inspection du travail se sont rassembléEs devant la DRH nationale pour soutenir Pierre et Benoît, militants de SUD Travail dans l’Isère, convoqués en commission disciplinaire.
On leur reproche officiellement d’avoir harcelé leur hiérarchie, mais en réalité d’avoir critiqué et contesté les décisions de l’administration. Se faisant les porte-voix de leurs collègues, ils ont notamment dénoncé le fait que l’encadrement se tournait les pouces alors que la moitié des postes du département étaient vacants, le fait que des contrôles « anti-fraude » aboutissaient à l’arrestation de travailleurs sans papiers, ou encore la tentative de leur direction d’empêcher les agentEs de leur département de faire respecter la réglementation sur le 1er Mai.
Inversion des rôles
Comme dans d’autres entreprises, les rôles sont inversés. Celles et ceux qui dénoncent leurs conditions de travail dégradées deviennent les harceleurEs, les chefs deviennent les harceléEs, alors même que leur management pathogène est signalé depuis des années. Et les procédures disciplinaires s’accompagnent de plus en plus souvent d’un volet pénal : Pierre et Benoît ont ainsi dû s’expliquer sur leur action syndicale au commissariat en mai dernier, à la suite de la plainte d’une responsable, doublée d’un signalement de la directrice départementale. Cette plainte a été classée sans suite par le parquet, mais elle a marqué les corps et les esprits, et le ministère a aussitôt changé son fusil d’épaule en convoquant nos camarades en commission disciplinaire.
Deux conceptions de l’inspection du travail
Malgré la faiblesse du dossier, malgré la forte mobilisation et le soutien des confédérations et unions interprofessionnelles CGT, Solidaires, FSU et CNT, le ministère s’acharne. Si Benoît devrait écoper d’un blâme, Pierre risque une mutation disciplinaire. À travers son dossier, c’est une part importante de l’avenir de l’inspection du travail qui se joue. Que doit-elle être ? Un simple organe chargé de mettre en œuvre les priorités définies par un pouvoir politique à la solde du patronat, aux effectifs faméliques, composé de fonctionnaires silencieux ? Ou au contraire, comme nous le défendons avec Pierre et Benoît, une institution indépendante au service des travailleurEs, avec ou sans papiers, françaisEs comme étrangerEs, pour les aider à lutter contre leur exploitation, dotée des moyens nécessaires ?
Depuis dix ans, au ministère du Travail, les procédures-bâillons se sont succédé pour tenter d’imposer la première de ces conceptions. Les victoires obtenues dans celles qui ont visé Aurianne Cothenet en 2017 puis Anthony Smith en 2020, débouchant sur la démission du directeur général du travail Struillou, ont mis un coup d’arrêt temporaire à la répression. Le ministère repasse donc à l’offensive aujourd’hui, et cette offensive prend une nouvelle résonance avec la poussée de l’extrême droite : si elle arrive au pouvoir, si les mobilisations sont défaites, l’inspection du travail pourrait devenir l’inspection de la préférence nationale au travail. En s’acharnant sur les militantEs et les organisations syndicales combatives, l’administration macroniste lui mâche le travail.
Étendre la mobilisation contre les sanctions
Mais, comme en 2017 et en 2020, la résistance dans les services du ministère est bien là. En Isère, les collègues de Pierre et Benoît sont en grève reconductible depuis le 7 septembre et étaient mobiliséEs à plus de 80 % le 15. Partout en France, des assemblées générales se tiennent cette semaine pour discuter de la suite de la mobilisation et les idées d’action fusent.
De nouveaux rassemblements auront lieu dans plusieurs départements le 24, et la journée de grève dans la fonction publique prévue le 29 sera l’occasion de rendre visible ce combat pour l’abandon des sanctions, auquel le NPA-A apporte tout son soutien.