Dans cet EHPAD du Loir-et-Cher, la création d’une section syndicale CGT en avril 2025 a déclenché une vague d’intimidation et de répression d’une violence inouïe. Face à la dégradation des conditions de soin et à un management autoritaire, les salariéEs ont tenu le piquet de grève pour défendre leur dignité et celle des résidentEs.
Une étincelle sur fond de mépris quotidien
Tout part d’une réalité devenue insupportable pour les travailleurEs de l’établissement : cadence infernale, manque chronique de moyens et mépris de la direction. Pour s’organiser collectivement, plusieurs agentEs décident de créer une section syndicale CGT au printemps 2025. La réaction patronale ne s’est pas faite attendre : humiliation, attaques ciblées et insultes directes. Un simple incident, une bouteille de vinaigrette renversée, sert de prétexte à des invectives de la direction, qualifiant les salariéEs de « folldingues » ou de « petites fragiles ».
À ce mépris quotidien s’ajoute une surenchère d’intimidations. Dans la boîte aux lettres du syndicat ont été déposés des tracts obscènes, sexistes, à caractère sexuel, diffamatoires et calomnieux ; un sexe d’homme en plastique a même été scotché à l’intérieur de la porte. Face à ces attaques, la direction reste totalement inerte, prétextant un passage trop important d’agentEs et de visiteurs pour mener la moindre enquête.
Arsenal de répression et climat d’intimidations
Dès la création du syndicat en avril 2025, une pétition antisyndicale est pilotée depuis les bureaux pour tenter d’isoler les représentantEs des travailleurEs. Pour les grévistes et les agentEs proches de la CGT, les sanctions tombent : blocages de paie, refus d’aménagements d’horaires, non-renouvellement de contrats et refus de titularisation. Lors des entretiens professionnels, la direction s’immisce dans la vie privée des salariéEs pour exercer une pression constante.
Le cynisme atteint son sommet lorsque la direction invoque une prétendue « atteinte à la dignité d’une collègue » pour l’usage de l’expression « Gros nounours », engageant immédiatement une procédure disciplinaire contre deux agentEs, que nous soutenons fermement aujourd’hui. En revanche, lorsqu’un membre de la famille de la directrice et une autre collègue tiennent des propos homophobes envers l’un de ces agentEs, aucune procédure disciplinaire n’est engagée malgré la dénonciation des faits. Deux poids, deux mesures et une inversion manifeste des rôles de la part d’une direction qui surnomme ouvertement les salariéEs « bouledogues », « mes 3 dindes », « folldingues » ou encore « grosse raciste ». Ce climat anxiogène et la peur des représailles touchent jusqu’aux résidentEs elleux-mêmes, soumisEs à un contrôle pesant.
Rentabilité contre bientraitance : la logique du capital au cœur du soin
Cette répression patronale s’inscrit dans la droite ligne de la marchandisation du grand âge et des politiques d’austérité budgétaire. À Morée comme ailleurs, l’injonction à la « rentabilité » écrase le travail des soignantEs. Imposer 27 toilettes à effectuer pour seulement cinq agentEs relève de l’impossible et détruit le sens même du métier de soin.
Comme le rappellent les grévistes sur le piquet : pour prendre soin des résidentEs, il faut d’abord prendre soin de celles et ceux qui s’en occupent. L’exigence de dignité pour les personnes âgées est indissociable de l’amélioration des conditions de travail du personnel.
Radu Varl