Un système d’armement français sophistiqué est utilisé dans le conflit au Soudan, révélant les violations par le gouvernement français des conventions sur les ventes d’armes.
La guerre au Soudan continue et entraîne la plus grave crise humanitaire mondiale. Les chiffres sont effroyables : entre 150 000 et 400 000 mortEs ; la destruction systématique des hôpitaux ; 15 millions de déplacéEs, soit près d’unE SoudanaisE sur trois, sans compter la crise alimentaire qui touche la moitié de la population.
Système Galix
Cet affrontement meurtrier perdure entre les deux généraux, Burhan pour les Forces armées soudanaises (FAS) et Hemedti pour les Rapid Support Forces (RSF), car ils sont soutenus financièrement et militairement par l’Égypte et la Turquie pour les FAS, et par les Émirats arabes unis pour les RSF.
Les RSF se sont illustrées par des nettoyages ethniques de grande ampleur lors de la conquête des villes d’Al-Geneïna et d’El Fasher, pouvant s’apparenter à des actes génocidaires. Parmi leur armement figure le système Galix, produit par deux entreprises françaises, Lacroix Défense et KNDS France. Ce système est installé sur différents véhicules tels que des obusiers automoteurs, des véhicules de combat d’infanterie (VCI) ou des transports de troupes. Comme l’indique l’entreprise Lacroix Défense : « Le système Galix dissimule les véhicules de combat face à une menace imminente et protège les véhicules, les chars de combat principaux et les VCI », en utilisant des gaz fumigènes ou des leurres.
Amnesty International a repéré ce système sur les véhicules émiratis Nimr Ajban utilisés par les RSF, notamment au Darfour, région soumise à un embargo sur les armes depuis 2004.
La grande muette
Sollicité par les journalistes, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, pourtant chargé du contrôle des exportations d’armes à l’étranger, indique ne pas être au courant. Des questions ont été posées par les députéEs du groupe La France insoumise et du groupe Écologiste et social, sans qu’aucune réponse n’ait été apportée.
Ce silence révèle l’embarras du gouvernement et son refus d’appliquer le Traité sur le commerce des armes, dont la France est partie prenante. Ce traité instaure, dans son article 11, le certificat d’utilisateur final (CUF), afin que les armes vendues à un pays ne se retrouvent pas entre les mains d’une autre puissance. Cette protection est renforcée par la Position commune de l’Union européenne, qui préconise un principe de précaution envers les pays ne respectant pas le CUF. C’est le cas des Émirats arabes unis. En effet, des armes achetées ont été transférées à des milices au Yémen ainsi qu’à l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar.
Business is business
Mais les autorités françaises préfèrent fermer les yeux pour des raisons commerciales : la France est le second fournisseur d’armes des Émirats arabes unis. Un contrat de 17 milliards d’euros a été conclu pour la vente de 80 Rafale et de 12 hélicoptères Caracal, mais aussi pour des raisons stratégiques. Des bases militaires françaises sont installées à Mina Zayed, à Al Dhafra et à Zayed Military City.
Au vu de la quantité de matériel militaire vendu aux Émirats arabes unis et de l’aggravation du conflit au Soudan, le risque de voir d’autres armes françaises entre les mains des RSF est réel.
Cela n’empêche nullement Paris d’organiser une conférence humanitaire internationale pour le Soudan en 2024 et d’exiger l’arrêt des interventions des pays étrangers, tout en évitant soigneusement de mentionner le nom des Émirats arabes unis.
Paul Martial