Publié le Vendredi 22 mai 2026 à 15h00.

Africa Forward : un sommet pour relooker la Françafrique

Sous couvert de « partenariat » et d’« innovation », le sommet Africa Forward organisé par Macron à Nairobi vise surtout à relancer l’influence économique et politique de l’impérialisme français sur le continent africain.

«Je n’ai jamais pris l’Afrique francophone comme étant justement un pré carré. Depuis 2017 [début de son premier quinquennat], c’est terminé cette époque », lance Macron à peine arrivé à Nairobi, au Kenya, pour le sommet France-Afrique des 11 et 12 mai. C’est qu’au-delà de l’ancien empire africain de la France, il a des ambitions rien moins que continentales. Il les affiche avec grandiloquence lors d’une interview à RFI le 12 mai : « J’ai une immense ambition pour ce continent que j’aime, qui est un trésor pour le monde. » Un « trésor »… surtout pour les multinationales qui le pillent.

France business

Si le précédent sommet, en 2021 à Montpellier, se disait démagogiquement tourné vers la « société civile », ce sommet (baptisé « Africa Forward : des partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance ») est officiellement orienté business. C’est, comme le reconnaît le communiqué publié par l’Élysée, « l’occasion d’illustrer le renforcement du partenariat économique et financier entre les pays africains et la France, en promouvant les investissements privés croisés entre l’Afrique et la France et en valorisant les atouts de l’offre française, dans un environnement géopolitique fragmenté ». 23 milliards d’euros d’investissements ont ainsi été annoncés.

Le choix d’un pays anglophone pour ce sommet est significatif de la volonté de l’impérialisme français d’étendre son influence au-delà des anciennes colonies qui ont construit sa puissance mais où il a connu de récents revers, des pays comme le Niger, le Mali et le Burkina Faso ayant même rompu leurs relations diplomatiques et militaires. Ce recul rend d’autant plus indispensable une telle extension. Mais, contrairement aux prétentions de Macron d’en être l’initiateur, la France cherche depuis longtemps à élargir son influence néocoloniale au-delà de son pré carré. Sans pour autant l’abandonner.

En témoignent les liens étroits avec les chefs d’État de Côte d’Ivoire, du Togo ou du Bénin, ainsi que les récentes interventions militaires directes à Madagascar ou au Bénin. Mais aujourd’hui, dans le « nouveau désordre mondial », la concurrence entre puissances se fait plus dure. Et les dirigeants africains sont plus exigeants quant à leur volonté d’obtenir la plus grosse part possible du gâteau de la surexploitation impérialiste de leur propre peuple.

Une domination néocoloniale

La langue françafricaine s’est ainsi enrichie d’un mot clé : « partenariat », censé exprimer une relation d’« égal à égal ». Mais ce terme cache mal une relation de domination néocoloniale, empreinte de racisme. Et le naturel revient vite au galop. Macron, à longueur de discours, ne peut s’empêcher de donner des leçons aux AfricainEs sur la manière de développer leur continent. Et — outre son intervention paternaliste lors d’une conférence à Nairobi pour « mettre de l’ordre » en faisant taire un public africain trop bruyant à son goût — il s’est même permis de parler à leur place : « Nous sommes les vrais panafricanistes » ! Une honteuse récupération d’un mouvement qui s’est construit contre le colonialisme et une insulte à la mémoire de militantEs qui, comme Lumumba, Nkrumah ou Sankara, ont combattu pour l’indépendance du continent.

Alors que Macron jouait au panafricaniste, la manifestation d’opposantEs dénonçant le sommet et l’impérialisme français se faisait attaquer par l’armée et la police kényanes : gaz lacrymogènes, tirs de sommation à balles réelles, arrestations de manifestantEs.
Solidarité avec les peuples africains ! Leur lutte anti-impérialiste est aussi la nôtre !

Germain Gillet