Publié le Jeudi 16 avril 2026 à 17h55.

« Cette flottille comporte des risques mais elle représente un moment fort d’engagement collectif, d’unité et d’humanité »

La flottille partie de Marseille le 4 avril pour Gaza transporte du matériel médical et logistique pour briser le blocus et porter un message politique. Le NPA-A soutient cette initiative et y participe directement avec deux camarades.

Entretien avec Macéo, des Jeunesses Anticapitalistes, et Samah, du comité de la Loire (42), engagéEs à bord et témoins de cette mobilisation. 

Qu’est-ce qui t’a décidé à t’engager dans cette aventure ? 

Macéo : Cela fait quelques années que je suis engagé dans les luttes pour le peuple palestinien. Et depuis l’annonce du cessez-le-feu, on en parle moins et les mobilisations sont moins fortes, beaucoup de gens pensent que les massacres ont pris fin. Pourtant, le régime d’apartheid israélien reste en place et continue de tuer à Gaza et de s’approprier des terres palestiniennes en Cisjordanie.

Beaucoup de gens pensent que les massacres ont pris fin, j’ai senti qu’il y avait un besoin de mener une action qui rende visible ce qui se passe

J’ai senti qu’il y avait un besoin de mener une action qui rende visible ce qui se passe. Les flottilles sont efficaces pour cela. J’ai demandé à un camarade de Thousand Madleens to Gaza si je pouvais aider, au moment où iels ont commencé le chantier à l’Estaque, à Marseille. J’y ai passé une semaine, mais à ce moment-là je ne pensais pas embarquer. C’est plus tard, lorsqu’iels ont dit rechercher des marinEs, que je me suis porté volontaire, puisque j’avais déjà un peu navigué. 

Samah : Je suis engagée pour la Palestine depuis longtemps, mais mon militantisme s’est transformé à partir du 7 octobre. Des manifestations ont eu lieu à Roanne, mais les discours portés par les organisateurs ne correspondaient pas à ce que ressentaient une partie des manifestantEs. Nous ne nous reconnaissions pas dans certains termes employés ni dans la manière dont la parole était encadrée. Nous avons décidé de relancer une structure existante mais en sommeil, suite au décès de son ancienne présidente : l’Association France Palestine Solidaire (AFPS) de Roanne — un tournant dans les formes de mon engagement. Depuis, nous menons différentes actions de sensibilisation.

J’ai ressenti un appel très fort à agir concrètement, à mon échelle, pour apporter un peu d’humanité et de soutien au peuple gazaoui

Lors de la dernière flottille, partie de Tunis, j’ai ressenti un appel très fort. Étant franco­-tunisienne, je me suis dit que ma place pouvait être là-bas, aux côtés de celles et ceux qui agissent directement. J’ai alors décidé de participer à une prochaine flottille si l’occasion se présentait. J’étais également en contact avec une militante de la délégation algérienne ayant participé à cette flottille. Son témoignage a renforcé ma ­détermination à agir concrètement, à mon échelle, pour apporter un peu d’humanité et de soutien au peuple gazaoui. Lorsque l’AFPS a proposé de rejoindre cette mission, j’ai accepté sans hésiter.
Je suis consciente que cette mission comporte des risques mais elle représente aussi un moment fort d’engagement collectif, d’unité et d’humanité. C’est cela qui m’anime.

Comment se passe la préparation ? 

Macéo : Sur le chantier, la préparation s’est plutôt bien déroulée. Comme j’y ai passé une semaine dès le début, j’ai pu en suivre concrètement l’évolution. Beaucoup de camarades ont rejoint cette mobilisation et il y a eu un fort élan de soutien de la part de toute la population de l’Estaque. Actuellement, nous sommes à Naples et nous devrions partir d’Italie le 20 avril si la situation le permet.

Pour l’instant, l’objectif reste de partir à une centaine de bateaux. On en est aujourd’hui à environ 90 bateaux prêts à partir, en incluant la Global Sumud Flotilla.

Nous devrions partir d’Italie le 20 avril si la situation le permet, l’objectif reste de partir à un centaine de bateaux

Samah : Pour moi, la préparation s’est faite dans un temps assez court, car j’ai pris ma décision tardivement. En tant que mère célibataire, j’ai d’abord dû organiser la garde de mon enfant et m’arranger avec mon employeur pour poser des congés. J’ai rapidement informé mes camarades de mon engagement, à la fois au sein du NPA-A et de l’AFPS, dont je suis vice-présidente du groupe local de Roanne. Très vite, j’ai reçu un soutien à la fois financier et moral, ce qui m’a permis d’avancer plus sereinement. Je me sens aujourd’hui bien entourée et accompagnée, et je leur en suis profondément reconnaissante. Je vais rejoindre les autres membres de la flottille en Italie.

Parlez-nous du bateau.

Macéo : Je pars sur l’Al Karama, c’est un bateau de 8 personnes sur lequel il y a des militantEs de longue date mais aussi des militantEs plus récentEs. On participe toustes à la navigation et notamment aux quarts de nuit où on essaye de toujours être deux, unE expérimentéE et unE novice. Au niveau des tâches quotidiennes, on a un super cuisinier qui s’occupe de ça mais on essaye que tout le monde participe au reste des tâches (lavage, rangement…).

Sur le bateau, on participe toustes à la navigation et aux tâches quotidiennes

Samah : Je serai à bord du bateau Nour, avec un équipage d’environ six personnes. Pour le moment, la répartition précise des rôles n’est pas encore définie. Nous aurons plus d’informations une fois réuniEs sur place, en Italie.

Quels sont les enjeux autour de ces flottilles ?

Macéo : Ces flottilles ont un rôle de médiatisation très important. Elles permettent de donner une réelle visibilité aux actions de l’État d’apartheid qu’est Israël. Cela fait plus de 90 ans que la colonisation se poursuit et 3 ans qu’il y a un génocide. Cette solidarité est aussi construite en lien avec Gaza : ce qui a été embarqué sur les bateaux a été demandé par des associations gazaouies. Cette flottille porte principalement un objectif médiatique et nous devons en parler au maximum afin de construire un mouvement de solidarité avec la Palestine sur le temps long.

Ce qui a été embarqué sur les bateaux a été demandé par des associations gazaouies

Samah : Cette flottille porte deux enjeux majeurs. D’abord, tenter de briser le blocus imposé à Gaza et d’acheminer de l’aide humanitaire. Au sein de la flottille, nous retrouvons des profils variés : des soignantEs, des enseignantEs, des personnes engagées dans différents domaines. Cette diversité permet d’envisager une aide concrète, qu’elle soit médicale, psychologique ou éducative.

Il s’agit de rendre visible ce que vivent les PalestinienNEs au quotidien, malgré les annonces de cessez-le-feu

Ensuite, même si nous ne parvenons pas à atteindre notre destination, il s’agit de rendre visible la situation sur place et de médiatiser ce que vivent les PalestinienNEs au quotidien. Malgré les annonces de cessez-­le-feu, les bombardements continuent, les biens essentiels comme la nourriture et les médicaments restent difficilement accessibles et les civilEs, y compris les journalistes, sont toujours exposéEs à de graves dangers.

Les initiatives locales sont essentielles : elles permettent de maintenir l’attention, de sensibiliser et de construire un rapport de forces citoyen. C’est ce lien entre action locale et solidarité internationale qui donne toute sa force à notre engagement.

Propos recueillis par la rédaction