Pour imposer son protocole d’accord au gouvernement zambien, l’administration Trump envisage de retenir les aides destinées à la lutte contre le VIH, mettant ainsi en danger des centaines de milliers de patientEs.
Dès les premiers mois de son second mandat, Donald Trump a mis fin brutalement à l’USAID, plaçant de nombreux pays africains dans des situations difficiles.
Nouvelle politique de l’aide
Désormais, la politique d’aide de la Maison Blanche vis-à-vis des pays pauvres se résume à une exigence : chaque dollar dépensé doit avant tout bénéficier aux États-Unis. C’est dans ce cadre que des négociations bilatérales avec plusieurs pays africains ont commencé dans une grande opacité.
Certains éléments ont toutefois été rendus publics. On apprend ainsi que, lors des négociations avec le Kenya et le Zimbabwe, Washington a exigé l’accès aux bases de données de leurs services de santé, ainsi que le partage des échantillons concernant des « pathogènes détectés à potentiel épidémique » pendant vingt-cinq ans, sans offrir aucune garantie à ces pays quant à leur accès aux traitements qui pourraient être développés contre d’éventuelles épidémies. Pour le Nigeria, les États-Unis ont imposé un renforcement de l’aide aux chrétienNEs victimes de violences, ignorant délibérément les victimes musulmanes.
Le cas de la Zambie
Récemment, l’ONG Health GAP a pu se procurer le protocole d’accord proposé par les États-Unis à la Zambie, pays d’Afrique australe. Première mesure : une réduction de l’aide. Alors que le budget s’élevait à 400 millions de dollars en 2024, il serait ramené à 320 millions, avec une diminution annuelle progressive jusqu’à atteindre 132 millions en 2030.
Dans le même temps, il est exigé que la Zambie recrute 40 000 personnels soignants entre 2026 et 2030, soit une augmentation de près de 50 % par rapport aux 81 000 personnels actuellement en poste. Cette mesure apparaît irréaliste car le FMI exige, dans le cadre de la restructuration d’une dette évaluée à plus de 20 milliards de dollars, soit 124 % du PIB, une politique « d’assainissement budgétaire, de renforcement de la gestion des finances publiques et d’amélioration de la gouvernance ».
Comme pour les autres pays concernés, les États-Unis exigent également un accès aux agents pathogènes, ce qui permettra à leurs laboratoires d’être les premiers à développer des médicaments ou des vaccins.
Le protocole exclut des instances de contrôle des aides les organisations de la société civile reconnues pour leur compétence. Actuellement, ces ONG zambiennes exercent un contrôle trimestriel sur le programme américain PEPFAR (Plan présidentiel d’urgence de lutte contre le sida).
Des patientEs prisEs en otage
Les exigences américaines ne s’arrêtent pas là. Washington réclame également un accès privilégié aux richesses minières du pays. La Zambie est le deuxième producteur de cuivre d’Afrique et le huitième au niveau mondial. Ce minerai est indispensable aux industries liées à la transition énergétique.
Le New York Times a révélé l’existence d’un projet de note du bureau Afrique du département d’État adressé à Marco Rubio afin de contrer la résistance des autorités zambiennes. Ce document envisagerait la suspension des aides destinées à la lutte contre le VIH afin de faire pression sur le gouvernement zambien pour qu’il cède sur la question des ressources minières, que Washington ne souhaite pas voir passer totalement sous l’influence de la Chine.
En Zambie, plus d’un million de personnes dépendent quotidiennement d’un traitement contre le VIH financé par le PEPFAR et risquent de voir leur état de santé se dégrader, voire de mourir. Une ignominie de plus imputable à l’administration Trump.