À Mayotte, l’État français prolonge l’enfermement des enfants migrantEs, confirmant le rôle de laboratoire colonial de l’archipel pour sa politique raciste.
Le décret « relatif à l’exécution des mesures d’éloignement à Mayotte » (publié au Journal officiel du 12 juin) est la dernière expression en date de la nature coloniale de ce « département » en plein océan Indien, à 8 085 km de l’Hexagone.
Une politique raciste d’exception
L’État français y mène une politique raciste d’exception à l’encontre des migrantEs « illégaux », dans la continuité de celle qu’il a toujours menée dans son empire colonial régi par des lois établies en dérogation au droit commun en vigueur dans la métropole. Absence d’AME, négation du droit d’asile, restriction du droit du sol, enfermement dans des CRA (centres de rétention administrative) d’enfants migrants avec leurs parents en attente de leur expulsion.
Cet enfermement, théoriquement proscrit encore à ce jour en France (loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024), vient d’être prolongé dans le département-colonie mahorais par ce décret d’application de la loi soi-disant « pour la refondation de Mayotte » jusqu’en juillet 2028. À cette date, une nouvelle forme d’enfermement des mineurEs étrangerEs est prévue, cette fois « dans des lieux [distincts du reste du CRA] spécialement adaptés à la prise en charge des besoins de l’unité familiale ».
Cette touchante sollicitude pour « l’unité familiale » a conduit, selon La Cimade, à enfermer en 2025 3 074 enfants migrants dans le CRA de Mayotte, à Pamandzi. En forte augmentation par rapport à 2024, où ils étaient déjà 1 860. Pamandzi se distingue également par son record de migrantEs en rétention dans les outre-mer : 96 % en 2025 ! Soit 26 520 personnes dont 21 624 ont été expulsées. Soit l’équivalent de 7 % de la population de l’archipel, une moyenne de 60 expulsions par jour. (Bon nombre d’entre elleux sont d’ailleurs des ComorienEs séparéEs des MahoraisEs par l’impérialisme français en 1974.) Et si l’on ajoute la métropole aux colonies ultramarines, ce sont deux tiers des migrantEs « retenuEs » par l’État français qui l’ont été dans ce centre (FranceInfo Mayotte, 19 mai) !
Mayotte, laboratoire de la politique migratoire raciste
Saisi l’année dernière par des députéEs insoumis et écologistes contestant plusieurs aspects de la loi « pour la refondation de Mayotte » (dont la différence de traitement des mineurEs étrangerEs), le Conseil constitutionnel l’a validée, notamment en justifiant cette différence — et donc l’enfermement de ces mineurEs — par « l’ampleur particulière que revêt à Mayotte l’immigration irrégulière ». L’argument avancé pourrait très bien servir demain dans l’Hexagone si le pouvoir estime que « l’immigration irrégulière » y a atteint une « ampleur particulière » !
Que ce soit par le nombre de ses « retenuEs » et expulséEs, par la violation des droits ou par la violence policière quotidienne, impunie, de la PAF et du GAO (Groupe d’appui opérationnel, chargé de la traque des « clandestins »), Mayotte exhibe le plus abject de la politique migratoire française. Mais elle sert aussi de laboratoire pour expérimenter une politique raciste toujours plus brutale que la bourgeoisie rêve d’appliquer en France même. Concernant les migrantEs mineurEs, le danger est d’autant plus grand de voir balayer l’interdiction de rétention, garantie par la loi du 26 janvier 2024, que l’Union européenne, à travers son règlement Retour, vient de rendre légale leur détention (l’Anticapitaliste n° 795).
En enfermant des enfants dont le seul crime est d’être des migrantEs « en situation irrégulière », le capitalisme raciste montre une fois de plus sa nature fondamentalement inhumaine. Fermeture des CRA ! Stop aux expulsions !