Publié le Jeudi 11 juillet 2019 à 17h55.

Pays basque : liberté pour Josu Urrutikoetxea et les prisonnierEs politiques !

Josu Urrutikoetxea a été arrêté le 16 mai alors qu’il se rendait dans un hôpital public de Haute-Savoie. Il est depuis enfermé à la Santé, sans visite ni courrier. Une cour d’appel a statué sur sa remise en liberté, mais il a été de nouveau arrêté avant même avoir passé la porte de la prison car l’État espagnol demande son extradition. L’examen du mandat d’arrêt européen aura lieu le 16 octobre.

Malgré l’accusation, par l’État espagnol, d’avoir organisé un attentat meurtrier dans une caserne (ce qu’il nie), Josu est l’un de celles et ceux qui, au sein d’ETA, essaient de trouver une solution au conflit depuis la fin des années 1980. Il a participé aux diverses tentatives pour trouver des accords de paix et c’est lui qui a lu, avec Marixol Iparragirre (emprisonnée à Réau), la déclaration de dissolution d’ETA. Son arrestation par la France et la demande de son extradition par l’État espagnol montrent leur opposition au processus de paix. Ils ont tout fait pour empêcher ETA de rendre les armes, en arrêtant à plusieurs reprises les personnes qui devaient les récupérer et les neutraliser.

Vengeance d’État

En lieu et place de négociations, c’est une vengeance d’État qui s’exerce, avec en premier lieu une politique d’éloignement, mise en œuvre depuis 25 ans, qui isole les prisonnierEs de leurs familles et de leurs soutiens. Il y a aujourd’hui 211 prisonnierEs (dont 40 en France), souvent très loin du Pays basque (75 % sont à plus de 500 km). Les familles et amiEs paient cher cette dispersion, financièrement et surtout humainement : 16 personnes sont mortes sur les routes de la dispersion en 25 ans, et on ne compte plus le nombre des blesséEs.

EloignéEs de leurs proches, les prisonnierEs sont en outre condamnés à vie, leurs demandes de libération étant quasi systématiquement refusées. Castaner le disait à Bayonne le 4 juillet : « L’évolution d’ETA n’a pas d’impact sur l’effet de la condamnation ». Autrement dit : il n’y aura pas de geste politique de résolution de conflit. Les prisonnierEs resteront en prison, souvent condamnéEs à une peine de mort qui ne dit pas son nom. Le 5 juillet, alors qu’un tribunal avait accepté la demande de liberté conditionnelle de Xistor Haranburu, 65 ans, le parquet a fait appel de cette décision. Il restera donc à Lannemezan, après 30 années passées en prison et alors qu’il est libérable depuis 11 ans. 

Deux poids, deux mesures

Dans le même temps, les responsables d’attentats et de meurtres contre des militantEs de la gauche basque n’ont jamais été condamnés ou, s’ils l’ont été, sont sortis très rapidement de prison. Si Felipe Gonzales, Premier ministre de 1982 à 1996, n’a jamais été inquiété, une partie des commanditaires des attentats perpétrés par les Groupes antiterroristes de libération (GAL) ont été jugés en raison du scandale causé par la découverte de la responsabilité du gouvernement espagnol. Parmi eux, Julen Elgorriaga, gouverneur de la province de Gipuzkoa, condamné à 71 ans de prison pour avoir organisé le meurtre de deux membres d’ETA, a été libéré au bout de quelques mois parce qu’il était malade. On peut aussi citer le ministre de l’Intérieur de l’époque, José Barrionuevo, condamné à 10 ans de prison et qui en a effectué trois sous le régime de semi-liberté.

Criminalisation des soutiens

Cette vengeance d’État s’exerce aussi contre les soutiens aux prisonnierEs et exiléEs ou au processus de paix. Le 16 septembre s’ouvrira ainsi, à Madrid, le procès de 47 personnes accusées d’avoir soigné, défendu ou soutenu des prisonnierEs basques. 601  années de prison sont requises au total (entre 8 et 20 ans par accuséE) contre des membres d’Herrira (association défendant le retour des prisonnierEs et des exiléEs), d’Etxerta (association de familles et de proches), de Jaiki Hadi (association qui soigne physiquement et psychiquement les prisonnierEs, leurs proches et les victimes de la torture), ainsi que des avocats. Nous devons exiger l’amnistie et le retour des prisonnierEs et des exiléEs au Pays basque et l’arrêt de la criminalisation des militantEs de la cause basque.

U.M.