António José Seguro a été élu, dimanche 8 février 2026, président de la République du Portugal avec 67 % des voix, battant largement le candidat néofasciste avec lequel il s’est disputé le deuxième tour, André Ventura (33 %).
Seguro a dirigé le Parti socialiste entre 2011 et 2014. Pendant ces années, hors du gouvernement, le PS a collaboré à la mise en œuvre du programme d’austérité sous la troïka. Malgré ce profil – que la presse a qualifié de « modéré » – Seguro n’a pas été officiellement soutenu par le Premier ministre de droite, qui a préféré la neutralité au second tour.
L’extrême droite renforcée malgré sa défaite
Malgré la défaite de Ventura, l’extrême droite sort renforcée de cette élection. Après être devenu le deuxième parti national lors des élections législatives de mai 2025, elle parvient désormais à égaler, au second tour, le nombre de voix obtenues en mai par les partis au pouvoir, grâce aux votes d’électeurEs qui n’avaient jamais voté pour le parti d’extrême droite Chega et qui avaient soutenu les candidats présidentiels du gouvernement (PSD) et du parti Iniciativa Liberal. Selon les études réalisées à la sortie des urnes, unE électeurE sur trois du candidat ultralibéral au premier tour (arrivé troisième avec 16 % des voix) a opté pour Ventura au second.
Comme le montre l’expérience française, un gouvernement fondé sur le programme de la droite est le meilleur terreau pour la croissance électorale du néofascisme. Malgré les différences politiques et de régime, rappelons qu’en 2017, face à Macron, Marine Le Pen a obtenu 34 % des voix au second tour ; en 2022, elle avait atteint 41 %, se préparant à disputer la majorité en 2027.
Que signifie cette victoire ? Il s’agit avant tout d’une importante mobilisation du peuple qui rejette la proposition néofasciste. Il convient de souligner que les élections se sont déroulées alors que le Portugal est en « état de calamité », déclaré depuis début février. Des tempêtes dévastatrices ont fait une dizaine de morts et laissé une partie du pays inondée. Des approvisionnements essentiels (électricité, eau, télécommunications) sont à l’arrêt. Pour autant, le taux de participation est resté stable entre le premier et le second tour.
Aucune illusion à gauche
À gauche, le soutien à Seguro ne s’est nourri d’aucun malentendu politique. Le nouveau président ne portait pas la voix d’un « camp de gauche » : sa carrière politique est marquée par l’adaptation de la social-démocratie au néolibéralisme et, en pleine campagne, après avoir annoncé son intention d'opposer un veto présidentiel au paquet de mesures sur le travail avancé par le gouvernement, le candidat s’en est lavé les mains, déléguant la promulgation de la nouvelle loi à un éventuel accord du gouvernement avec la centrale syndicale UGT (alignée sur le centre).
Seguro n’exprime même pas un supposé « camp constitutionnel » : Seguro a été en échec lorsqu’il a accepté, à la tête du PS et sous la troïka, des mesures de baisse des pensions et qu’il s’est opposé aux députéEs de gauche qui ont saisi le Tribunal constitutionnel et y ont fait annuler cette réduction. Il vient d’être élu grâce aux voix de nombreux partisans d’une révision régressive de la Constitution, issus de la même droite qui conclut des accords avec Chega au parlement (sur le travail et l’immigration) ou dans des collectivités locales comme celle de la capitale. Comme en France, beaucoup de ceux qui ont déclaré aujourd’hui leur soutien tactique à Seguro auraient voté pour Ventura si l’alternative avait été à gauche.
Compte tenu du parcours de Seguro, sa victoire ne constituera pas un obstacle aux réformes libérales du gouvernement, qui poursuivra son chemin entre l’ambiguïté des socialistes et le soutien intermittent des néofascistes.
La réponse de la gauche devra venir des résistances sociales et des discussions qui évitent la marginalité politique. La grève générale de décembre a indiqué la voie à suivre : plus de mobilisations dans les luttes et le terrain extraparlementaire, plus de convergence dans les solidarités contre la fascisation.
Jorge Costa, membre de la direction du Bloc de Gauche