Publié le Mercredi 10 avril 2019 à 15h32.

Yémen : les armes françaises complices de la crise humanitaire

Au Yémen, un enfant meurt toutes les 10 minutes. La pire crise humanitaire du monde, selon l’ONU. C’est le triste bilan des quatre années de guerre lancée par Mohammed ben Salmane (MBS), le nouveau maître de l’Arabie saoudite. Et des révélations récentes viennent de montrer que la France poursuit ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats, se rendant complice de crimes de guerre…

C’est le peuple yéménite qui paie le prix de cette guerre. Bombardements ciblés sur les réservoirs d’eau, les centrales électriques, les hôpitaux, les zones de stockage de denrées, blocus aérien et maritime d’un pays qui, plus que jamais, est dépendant de l’aide alimentaire internationale : tout est fait pour rendre insupportable la vie quotidienne des Yéménites, pour les affamer, les priver d’eau potable, rendre hors de prix les denrées ­alimentaires et les soins de base. 

Une guerre ravageuse

Triste bilan. Mohammed ben Salmane, nommé ministre de la Défense de la richissime Arabie saoudite en 2015, espérait ne faire qu’une bouchée du pauvre Yémen. Il y voyait une guerre facile pour affermir son pouvoir dans la lutte de succession entre princes, pour réaffirmer aux USA d’Obama, qui venaient de signer avec l’Iran un accord sur le nucléaire, que son pays était le seul véritable rempart face au terrorisme et aux révolutions dans cette région riche en pétrole. La guerre aux Houthis, accusés d’être à la solde de l’Iran, est alors déclarée. 

Depuis, le Yémen a explosé. Les Houthis dominent toujours Sanaa, la capitale. Le reste du pays est fractionné en autant de groupes militaires, parfois jihadistes, armés et financés par les Émirats ou l’Arabie saoudite. La facture est payée par le peuple yéménite, qui avait réussi à chasser le dictateur Saleh par sa révo­lution de 2011. Officiellement plus de 10 000 mortEs, 60 000 blesséEs. Peut-être cinq fois plus ­selon de nombreuses ONG. Une terrible épidémie de choléra, 14 millions de Yéménites qui n’ont pas accès aux soins de base et 20 millions de personnes en état de dépendance alimentaire alarmant, soit les deux tiers de la population. 

« Les ventes d’armes rapportent gros »

Fin mars, lors d’une conférence de presse, mais aussi en projetant sur les murs de l’Assemblée nationale des slogans comme « En France les ventes d’armes rapportent gros, au Yémen elles coûtent cher. Des milliers de civils tués. », plusieurs ONG comme Amnesty, Médecins du Monde ou Oxfam ont rappelé que la France a vendu, entre 2015 et 2017, plus de quatre milliards d’euros de matériel à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Les ONG ont réclamé l’arrêt des ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite, en suivant l’exemple allemand, qui a officiellement décidé d’un gel de ses ventes d’armes après le meurtre de Jamal Khashoggi. Pour toute réponse, le gouvernement, qui refuse une commission d’enquête parlementaire, a déclaré par la voix de Jean-Yves le Drian, ministre des Affaires étrangères, que l’action militaire de l’Arabie saoudite au Yémen se fait essentiellement par voie aérienne, et que la France ne fournit « rien à l’armée de l’air saoudienne ».

Complicité française avérée

Mensonge. Pour connaître la vérité concernant les ventes d’armes françaises, il faut faire un détour par la Chambre des communes britannique, qui a exigé du ministre du Commerce international la liste détaillée des exportations pour transfert vers l’Arabie saoudite et les Émirats. Et l’on a appris qu’en 2016 et 2017, le gouvernement britannique a exporté vers la France des composants destinés à la fabrication de pods Damocles, du système de téléguidage laser de bombes embarqué sur les avions de combats de l’Arabie saoudite. Quand les hôpitaux de Médecins sans frontières sont bombardés par les avions saoudiens, il est probable que les systèmes de guidage soient français. De même, une enquête de Mediapart a révélé qu’en plein blocus maritime du Yémen, qui bloque Hodeida et affame les Yéménites, l’entreprise publique française Naval Group assurait la rénovation de navires de guerre saoudiens, dans le port de Djedda. Un contrat supérieur à un milliard d’euros selon la Tribune, pour Naval Group, mais aussi Thales ou MBDA. Des informations qui s’ajoutent à la longue liste des matériels militaires français qui participent aux massacres !

Frank Cantaloup

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