Lors du dernier scrutin, l’extrême droite toulousaine et des réseaux sionistes semblent avoir multiplié les manipulations pour peser sur les élections. Une affaire qui interroge le silence des autorités françaises.
«Boules puantes », « boîte à merde » : c’est ainsi que les commentateurs des élections locales désignent les tentatives de manipulation électorale. Et de mémoire de militant, rares sont les scrutins municipaux qui n’ont pas connu leur lot de fausses affiches, faux tracts, fausses lettres de candidat, fausses pétitions ou faux électeurs. Il serait fastidieux de dresser la liste de toutes les tricheries et autres coups tordus utilisés pour tenter, parfois avec succès, de gagner un scrutin.
À Toulouse par exemple, celles et ceux qui ont la mémoire longue se souviennent de la campagne de 2001 où les MotivéEs de Salah Amokrane avaient subi une campagne raciste menée par la droite locale, dans laquelle figurait déjà l’actuel maire Jean-Luc Moudenc. Des tracts anonymes intitulés « Pas d’arabes au Capitole » remplissaient alors les boîtes aux lettres. Plus tard, en 2020, alors qu’Antoine Maurice se retrouvait au coude-à-coude avec Moudenc, des vidéos volées dévoilant son intimité avaient fleuri sur Facebook et Twitter, sur fond d’homophobie crasse.
Des fake news aux ingérences
Et forcément, à Toulouse cette année encore, la droite locale a fait campagne sur la peur et les fake news. Le Medef 31 annonçait ainsi, avec la bienveillance des médias locaux et nationaux, qu’en cas de victoire de François Piquemal — candidat LFI soutenu par toute la gauche, du NPA au PS — Airbus délocaliserait ses usines à Hambourg. Il aura fallu attendre une dizaine de jours pour voir cette information démentie dans les pages intérieures des éditions locales.
Mieux encore, Jean-Luc Moudenc a organisé le sabotage de la commémoration de la tuerie de l’école Ozar Hatorah, avec le concours de la préfecture et des réseaux sionistes locaux. François Piquemal et les membres de la liste Demain Toulouse-Gauche unie, pourtant invités officiellement, seront insultés, agressés et traités d’antisémites sous les caméras par une vingtaine de militantEs de l’extrême droite sioniste opportunément laissés entrer dans le carré officiel.
Or, il semble que ces réseaux sionistes ne se soient pas arrêtés là. Non seulement ils bénéficiaient du soutien d’entreprises israéliennes, voire du concours de l’État, mais ils se sont aussi attaqués à plusieurs candidatEs LFI : François Piquemal à Toulouse, David Guiraud à Roubaix ou encore Sébastien Delogu à Marseille.
Le mode opératoire est chaque fois similaire : faux blogs, fausses pages Facebook ou Instagram, faux profils sur X relayant des accusations de soutien au terrorisme islamique, de violences sexuelles voire de pédophilie, ainsi que des messages de la branche française du lobby Elnet, le tout généré par IA. À Toulouse, cela ira même jusqu’à la diffusion, la veille et le jour du second tour, de fausses publicités mêlant Action directe, le NPA, LFI et des messages islamophobes et sexistes sur Vinted, Candy Crush et même le site de La Dépêche du Midi.
Un rapport enterré
Évidemment, l’équipe de François Piquemal a porté plainte dès le lendemain du scrutin afin d’identifier les responsables de ces manipulations et d’évaluer leur impact sur le vote. D’autant que Viginum, l’agence chargée de surveiller les ingérences étrangères dans les élections, avait repéré les attaques dès le 9 mars. Mais il aura fallu attendre les révélations de Libération, Haaretz et du Canard enchaîné pour commencer à mesurer l’ampleur de l’affaire.
Ces opérations auraient été menées par Black Core, une société fantôme liée à l’entreprise israélienne Galacticos AI, où l’on retrouve notamment Nir Benita, ancien officier de l’unité 8200 spécialisée dans le cyberespionnage, et Yigal Unna, ex-directeur de l’agence israélienne de cybersécurité. De quoi interroger sur un possible intérêt du gouvernement israélien pour les élections à Toulouse, Marseille ou Roubaix.
Pourtant, selon Le Canard enchaîné, le Réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), qui supervise Viginum, aurait caviardé le rapport sur ces attaques avant de le laisser au fond d’un tiroir. Comme si le gouvernement Macron ne voyait aucun problème à ce que des intérêts liés à Tel-Aviv tentent d’influencer des élections locales françaises.
Correspondant