Rarement le gouffre entre les attentes de la société et les préoccupations gouvernementales aura paru aussi flagrant qu’à l’occasion de l’actuel débat budgétaire.
La jeunesse se mobilise pour défendre ses droits à l’éducation et à un avenir meilleur, la colère sociale contre la vie chère et la dégradation des services publics a explosé le 17 octobre. Mais pour ce gouvernement, l’urgence reste de faire passer par tous les moyens 54 milliards de coupes budgétaires afin de satisfaire les « marchés » financiers. Leurs exigences ont été rappelées par Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, et Christine Lagarde (présidente de la Banque centrale européenne).
Le pouvoir s’exécute docilement en dramatisant une dette dont lui et ses prédécesseurs sont directement responsables. Les cadeaux fiscaux et les exonérations de cotisations accordés depuis des années aux entreprises sont la cause d’un manque de financement (et non d’un déficit) dont la dette est la conséquence. Les projets de budget pour 2027 ne montrent aucune volonté de sortir de cette impasse.
Un blocage parlementaire annoncé
Face à une tension sociale montante, à quelques mois de l’élection présidentielle, et en l’absence d’une majorité pour adopter les textes gouvernementaux, le débat parlementaire ne peut que s’enliser.
Les mesures s’attaquant aux revenus des retraitéEs ont été repoussées. Mais une coalition de l’extrême droite, de LR et du « centre » a bloqué de manière systématique tous les amendements visant à faire contribuer davantage les entreprises et les plus riches.
À quelques mois de l’élection présidentielle, les appels du pied du gouvernement en direction de l’extrême droite ou du PS pour obtenir une « non-censure » ont bien peu de chances d’être entendus. Ni les uns ni les autres ne veulent être compromis dans la faillite patente de la politique macroniste.
Comme on pouvait le prévoir, la discussion parlementaire sur les recettes de l’État n’a pu aboutir à un vote le 20 octobre : des milliers d’amendements restant à débattre, le débat est reporté. L’adoption des budgets de l’État et de la Sécu à coups de 49/3 ou par décret devient désormais l’hypothèse la plus probable.
Les programmes présidentiels s’affichent
Le débat budgétaire aura surtout été l’occasion pour les forces politiques en lice pour la présidentielle de mettre en avant leur programme.
Le RN a rendu publique sa « trajectoire budgétaire ». Elle marque sa conversion ouverte à la plus violente austérité budgétaire avec son plan raciste de 145 milliards d’économies en 5 ans (voir article dans le dossier RN).
La droite et le centre sont engagés dans une improbable tentative de concilier le renforcement de l’austérité et la préservation de catégories de leur électorat.
Le PS tente de rendre crédible la perspective d’une austérité plus tempérée.
La réponse de LFI
Seule LFI prend en compte la satisfaction de revendications du mouvement social (Smic à 1 700 € net, hausse du point d’indice, indexation des salaires et des pensions sur l’inflation, revenu d’autonomie pour les étudiantEs, abrogation des réformes des retraites et de l’assurance chômage). Elle entend y répondre par un programme de « relance » keynésien et par une taxation des entreprises et des plus riches (taxe Zucman, ISF climatique, réduction des « niches fiscales », hausse de la fiscalité sur les GAFAM…).
Ce programme tente de concilier la volonté de satisfaire une partie des revendications avec celle d’afficher un profil sérieux et responsable susceptible de convaincre les milieux d’affaires. L’affectation de 25 milliards au remboursement de la dette, le refus de toute « confiscation » ou « nationalisation » en témoignent. Ces arguments n’ont pourtant aucune chance d’être entendus par un patronat et des milieux financiers arc-boutés contre toute mise en cause de leurs profits.
Construire l’affrontement social
La mise en échec ou non du plan d’austérité des budgets Lecornu ne dépendra pas du débat institutionnel biaisé qui va se poursuivre au Parlement, mais du résultat de l’affrontement social qui s’est engagé le 17 octobre. C’est lui qu’il faut aujourd’hui construire et rendre victorieux.