Chaque cancer du sein évité est un marché perdu pour le capital, moins de pesticides et de traitements vendus. Alors qu’un cancer traité rapporte beaucoup plus, mais toujours pas assez !
C’est le cortège de Cancer colère qui ouvrait la manifestation du 3 octobre contre Syngenta, le plus gros producteur mondial de pesticides. Son ancêtre, Imperial Chemical Industries, commercialisait aussi le tamoxifène contre le cancer du sein. Il a lancé Octobre rose ! Les députés qui ont voté la réintroduction de pesticides interdits portent le ruban rose pour inciter les femmes au dépistage ! Trop de tabac, d’alcool, trop de poids, pas assez d’activité physique : aux femmes de modifier ces « mauvaises pratiques » ! En oubliant tout ce qu’elles n’ont pas choisi : pesticides, solvants, métaux lourds, travail de nuit des soignantes, travail posté, rayonnements ionisants, ou cosmiques pour les hôtesses de l’air. Silence sur les causes environnementales et professionnelles, alors que 61 214 nouveaux cancers du sein et 12 765 décès ont été enregistrés en 2025. Une explosion qui place la France au deuxième rang mondial pour le cancer du sein !
Libérer la prévention et le dépistage du capital
En France, une mammographie est proposée tous les deux ans de 50 à 74 ans. Mais malgré les rubans roses, la participation recule : 52,3 % en 2011, seulement 44 % en 2024, contre 83 % au Danemark. Et les inégalités sont criantes : 48 % des 10 % des femmes les plus riches participent au dépistage, seulement 33 % des 10 % les plus modestes. Les femmes qui en auraient le plus besoin sont souvent les moins bien dépistées : femmes vivant à la campagne, éloignées des centres de radiologie, migrantes confrontées à des messages inadaptés, alors qu’une étude de l’hôpital Tenon sur 780 femmes d’origine subsaharienne montre un dépistage deux fois plus tardif et des formes agressives trois fois plus fréquentes !
Oui, il faut organiser le dépistage. Mais il faut aussi le repenser. Le cancer du sein explose chez les plus jeunes, alors que le dépistage commence à 50 ans. Abaisser simplement l’âge ne suffit pas : le dépistage est lui-même débattu dans le monde médical. L’excellente revue Cochrane estime que, sur 2 000 femmes dépistées pendant dix ans, « un décès par cancer du sein sera évité et 10 femmes en bonne santé seront traitées inutilement ». Cette vaste étude portant sur 600 000 femmes de 39 à 74 ans n’a pas trouvé de réduction de la mortalité par cancer du sein avec le dépistage actuel. Il ne faut pas abandonner le dépistage, mais inventer un dépistage mieux ciblé, accessible à toutes, capable de réduire faux positifs, angoisses, surdiagnostics et traitements inutiles.
Pas assez cher : AstraZeneca demande le déremboursement du Zoladex !
La bourse ou la vie, c’est l’aveu du trust pharmaceutique AstraZeneca, qui a demandé la fin du remboursement en France du Zoladex, mis sur le marché en 1987. Un vieux médicament pas très cher et toujours aussi efficace contre certains cancers du sein, qui lui a rapporté 1,106 milliard de dollars en 2025. Pas assez, alors que le prix des nouveaux anticancéreux explose ! Les prix seront donc libres et le médicament non remboursé, car le gouvernement a accepté le déremboursement au 15 décembre 2026, au lieu d’engager un bras de fer avec le labo. Par exemple avec une fabrication publique par la pharmacie hospitalière ou celle des armées, ou par un établissement public.
Autre scandale, depuis presque deux ans, le gouvernement refuse de signer les décrets d’application de la loi votée le 28 janvier 2025, qui instaure une prise en charge intégrale des soins et dispositifs liés au cancer du sein : prothèses mammaires, perruques, soutiens-gorge adaptés, dermopigmentation. Dépistez-vous, mais payez, parfois jusqu’à 1 500 euros ! Octobre rose doit devenir Octobre colère !